Dans
la grande famille des troubles du développement du comportement
canin, il existe un trouble classique, que tout un chacun a
sûrement déjà rencontré car relativement fréquent et surtout
très vite repérable, le syndrome Hypersensibilité-Hyperactivité
(HS-HA).
Le chien atteint de ce syndrome est décrit par ses propriétaires
comme jouant sans cesse ; toujours à sauter sur les gens ou
les objets, il mordille avec force les mains et les avant-bras
"pour jouer", mais il est volontiers brutal dans ses approches.
Infatigable, toujours excité par le moindre bruit ou mouvement,
il ne tient pas en place 
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Statistiquement, les races plus atteintes sont les Retrievers du Labradors
(31 % des cas de HS-HA), mais les Bergers Belges (19 %), les Fox Terrier
(9 %), et les Bergers des Pyrénées (15 %) font aussi partie
des races les plus souvent atteintes.
Poussons
plus loin la description ! Un des signes caractéristiques de HS-HA est
l'absence d'acquisition de la morsure inhibée. Le chiot dès son adoption
(2 mois en moyenne) mordille souvent et fait mal. Les cris des enfants
ou les réprimandes ne font en général qu'aggraver les choses car le chien
s'excite et prend les gesticulations comme un appel au jeu. Dans la liste
des autres symptômes souvent rencontrés, il faut mentionner un comportement
alimentaire hypertrophié avec un appétit généralement insatiable (le chien
est qualifié de "vorace "). Il porte en gueule tout ce qui traîne et le
déchiquette volontiers s'il ne peut l'avaler. Ce qui peut conduire à des
dégradations du mobilier spectaculaires ! Une perturbation du sommeil
peut être notée (moins de 8h par 24h), mais elle n'est pas systématiquement
rencontrée. Le chien n'arrive a se reposer que lorsque le niveau de stimulation
est devenu très faible mais si une mouche passe... L'acquisition de la
propreté peut être tardive, car le chiot est plus occupé par tous les
stimuli extérieurs que par sa propre envie d'uriner, et se soulage généralement
au retour à la maison, lorsque, là encore, plus rien n'attire son attention.
Bref, le chien HS-HA devient avant même l'âge de 1 an insupportable pour
les propriétaires, qui s'épuisent et jugent le chien inéducable, quand
ils ne le qualifient pas d'idiot! En langage plus éthologique, le chien
présente en fait des séquences comportementales incomplètes sans signal
d'arrêt (comme la satiété qui arrête l'ingestion ou la douleur qui stoppe
le jeu, par exemple). L'animal enchaîne les séquences consommatoires,
sans présenter de période réfractaire (durant laquelle il devrait devenir
non-réceptif aux stimuli), et ce, quel que soit le type de comportement.
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L'origine
de ce syndrome se trouve, on l'a dit, dans un trouble du développement qui
fait intervenir une absence d'acquisition des auto-contrôles, associée à
un élevage en milieu hypostimulant. En effet, les statistiques ont montré
que les chiens atteints de ce trouble avaient tous été placés dans leurs
familles d'adoption entre 5 et 7 semaines, et n'avaient reçu aucune sanction
lors de mordillements. Or on sait que la mère (et les chiens adultes en
général) ont un effet très structurant sur la maturation des chiots par
la mise en place des rituels qu'ils imposent : hiérarchie alimentaire qui
oblige les chiots à attendre leur tour pour manger, rituel d'apaisement
avec léchage des babines lors de prise de contact avec un adulte, interruption
au besoin violente des séquences de jeux entre membres de la portée... Le
fait d'avoir été élevé dans un environnement peu stimulant (chenil retiré,
bâtiment isolé du milieu extérieur) ne permet pas l'habituation classique
du chiots aux bruits, odeurs, couleurs du monde extérieur.
L'évolution
de ce trouble du comportement ne se fait habituellement pas dans le sens
espéré le chien ne se calme pas en grandissant, sauf dans de rares cas peu
évolués. L'attitude qui consiste à " attendre que jeunesse se passe " n'a
pas sa place ici : le syndrome hypersensibilité- hyperactivité est bel et
bien une affection du comportement qu'il faut soigner et non un passage
obligé durant le jeune âge. Les propriétaires sont d'ailleurs souvent culpabilisés
car leurs autres chiens ont tous joués " normalement" et fait des bêtises,
mais dans le cas du HS-HA tout devient vite disproportionné et incontrôlable!
Le chien devenu adulte deviendra dans 2/3 des cas anxieux avec agression
par peur et/ou par irritation, ou bien plaie de léchage sur les carpes selon
le type d'anxiété. Malheureusement dans 1/3 des cas, l'évolution se fait
vers une hyperagressivité dite secondaire, dans laquelle le chien devient
dangereux ; cette voie est plutôt celle des chiens traités tard, c'est à
dire après 3 ans.
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Les possibilités
thérapeutiques sont de 2 ordres : d'une part la médication, d'autre part
la thérapie comportementale. Il faut bien garder à l'esprit que plus l'intervention
sera précoce (avant la puberté), plus facile sera le traitement. Sur des
chiots pris très jeunes (entre 2 et 3 mois), on peut même espérer se passer
de médication. Par contre, Si l'on prend le problème à l'âge adulte, seule
une amélioration, (très nette parfois !), deviendra possible. Cela est toutefois
souvent suffisant pour garder l'animal dans son foyer dans des conditions
acceptables pour une vie en famille. La thérapie comportementale utilisée
est celle dite " du jeu contrôlé" : cela consiste à ne proposer au chien
que des jeux de balle avec des règles très précises qui l'obligeront à se
calmer pour pouvoir continuer à jouer. Cette thérapie cognitive n'a pas
de caractère aversif, le chien n'est jamais malmené. On utilise au contraire
la propension du chien à jouer et interagir avec ses propriétaires. En revanche,
c'est plutôt l'indifférence qui fera office de sanction, par un arrêt de
la séance de jeu si le chien ne respecte pas les consignes. D'une manière
générale, il faudra réapprendre l'éducation de base sur une base très contrôlée
(d'abord assis à la gamelle, puis attente de l'ordre d'ingestion, marche
en laisse sans tirer) ; les propriétaires devront aussi apprendre à modifier
leurs réactions vis-à-vis du chien qui saute : arrêt des gesticulations
et des cris qui excitent encore plus l'animal, au contraire manifester de
l'indifférence. Tout ceci peut paraître difficile, voire impossible pour
ceux qui ont un chien atteint de HS-HA, mais le vétérinaire possède dans
son arsenal thérapeutique des aides précieuses que sont les psychotropes
: utilisés en début de traitement, ils facilitent l'entrée en thérapie,
permettent au chien d'être plus concentré et réceptif à la thérapie comportementale.
Notez-bien que les médicaments utilisés dans ce cas ne font absolument pas
dormir (ce ne sont pas des neuroleptiques sédatifs), et qu'ils seront retirés
dès que le chien montrera des signes évidents de guérison (notamment par
l'amélioration de ses scores ETEC que mesurera régulièrement son vétérinaire).
Le vétérinaire possède aujourd'hui les outils du diagnostic et du traitement
du syndrome hypersensibilité- hyperactivité, il saura vous aider à ne pas
baisser les bras face à un compagnon trop remuant. Alors n'attendez plus
" que jeunesse se passe", et dans le doute, demandez-lui conseil !
La Lettre
du Chien n°27
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