Le syndrome
Hypersensibilité-Hyperactivité

par Céline Duprat, docteur vétérinaire Nous avons tous connu dans des portées de chiots des animaux "tout fous" impossibles à canaliser. Il s'agit parfois d'un syndrome bien décrit par les vétérinaires et appelé HS-HA. Le secours des médicaments est parfois nécessaire pour contrôler ces animaux qui font de bien piètres compagnons
     

Dans la grande famille des troubles du développement du comportement canin, il existe un trouble classique, que tout un chacun a sûrement déjà rencontré car relativement fréquent et surtout très vite repérable, le syndrome Hypersensibilité-Hyperactivité (HS-HA).
Le chien atteint de ce syndrome est décrit par ses propriétaires comme jouant sans cesse ; toujours à sauter sur les gens ou les objets, il mordille avec force les mains et les avant-bras "pour jouer", mais il est volontiers brutal dans ses approches. Infatigable, toujours excité par le moindre bruit ou mouvement, il ne tient pas en place


Races concernées

Statistiquement, les races plus atteintes sont les Retrievers du Labradors (31 % des cas de HS-HA), mais les Bergers Belges (19 %), les Fox Terrier (9 %), et les Bergers des Pyrénées (15 %) font aussi partie des races les plus souvent atteintes.

Morsures inhibées

Poussons plus loin la description ! Un des signes caractéristiques de HS-HA est l'absence d'acquisition de la morsure inhibée. Le chiot dès son adoption (2 mois en moyenne) mordille souvent et fait mal. Les cris des enfants ou les réprimandes ne font en général qu'aggraver les choses car le chien s'excite et prend les gesticulations comme un appel au jeu. Dans la liste des autres symptômes souvent rencontrés, il faut mentionner un comportement alimentaire hypertrophié avec un appétit généralement insatiable (le chien est qualifié de "vorace "). Il porte en gueule tout ce qui traîne et le déchiquette volontiers s'il ne peut l'avaler. Ce qui peut conduire à des dégradations du mobilier spectaculaires ! Une perturbation du sommeil peut être notée (moins de 8h par 24h), mais elle n'est pas systématiquement rencontrée. Le chien n'arrive a se reposer que lorsque le niveau de stimulation est devenu très faible mais si une mouche passe... L'acquisition de la propreté peut être tardive, car le chiot est plus occupé par tous les stimuli extérieurs que par sa propre envie d'uriner, et se soulage généralement au retour à la maison, lorsque, là encore, plus rien n'attire son attention. Bref, le chien HS-HA devient avant même l'âge de 1 an insupportable pour les propriétaires, qui s'épuisent et jugent le chien inéducable, quand ils ne le qualifient pas d'idiot! En langage plus éthologique, le chien présente en fait des séquences comportementales incomplètes sans signal d'arrêt (comme la satiété qui arrête l'ingestion ou la douleur qui stoppe le jeu, par exemple). L'animal enchaîne les séquences consommatoires, sans présenter de période réfractaire (durant laquelle il devrait devenir non-réceptif aux stimuli), et ce, quel que soit le type de comportement.
 
Développement

L'origine de ce syndrome se trouve, on l'a dit, dans un trouble du développement qui fait intervenir une absence d'acquisition des auto-contrôles, associée à un élevage en milieu hypostimulant. En effet, les statistiques ont montré que les chiens atteints de ce trouble avaient tous été placés dans leurs familles d'adoption entre 5 et 7 semaines, et n'avaient reçu aucune sanction lors de mordillements. Or on sait que la mère (et les chiens adultes en général) ont un effet très structurant sur la maturation des chiots par la mise en place des rituels qu'ils imposent : hiérarchie alimentaire qui oblige les chiots à attendre leur tour pour manger, rituel d'apaisement avec léchage des babines lors de prise de contact avec un adulte, interruption au besoin violente des séquences de jeux entre membres de la portée... Le fait d'avoir été élevé dans un environnement peu stimulant (chenil retiré, bâtiment isolé du milieu extérieur) ne permet pas l'habituation classique du chiots aux bruits, odeurs, couleurs du monde extérieur.


Evolution

L'évolution de ce trouble du comportement ne se fait habituellement pas dans le sens espéré le chien ne se calme pas en grandissant, sauf dans de rares cas peu évolués. L'attitude qui consiste à " attendre que jeunesse se passe " n'a pas sa place ici : le syndrome hypersensibilité- hyperactivité est bel et bien une affection du comportement qu'il faut soigner et non un passage obligé durant le jeune âge. Les propriétaires sont d'ailleurs souvent culpabilisés car leurs autres chiens ont tous joués " normalement" et fait des bêtises, mais dans le cas du HS-HA tout devient vite disproportionné et incontrôlable! Le chien devenu adulte deviendra dans 2/3 des cas anxieux avec agression par peur et/ou par irritation, ou bien plaie de léchage sur les carpes selon le type d'anxiété. Malheureusement dans 1/3 des cas, l'évolution se fait vers une hyperagressivité dite secondaire, dans laquelle le chien devient dangereux ; cette voie est plutôt celle des chiens traités tard, c'est à dire après 3 ans. 
Traitement possible

Les possibilités thérapeutiques sont de 2 ordres : d'une part la médication, d'autre part la thérapie comportementale. Il faut bien garder à l'esprit que plus l'intervention sera précoce (avant la puberté), plus facile sera le traitement. Sur des chiots pris très jeunes (entre 2 et 3 mois), on peut même espérer se passer de médication. Par contre, Si l'on prend le problème à l'âge adulte, seule une amélioration, (très nette parfois !), deviendra possible. Cela est toutefois souvent suffisant pour garder l'animal dans son foyer dans des conditions acceptables pour une vie en famille. La thérapie comportementale utilisée est celle dite " du jeu contrôlé" : cela consiste à ne proposer au chien que des jeux de balle avec des règles très précises qui l'obligeront à se calmer pour pouvoir continuer à jouer. Cette thérapie cognitive n'a pas de caractère aversif, le chien n'est jamais malmené. On utilise au contraire la propension du chien à jouer et interagir avec ses propriétaires. En revanche, c'est plutôt l'indifférence qui fera office de sanction, par un arrêt de la séance de jeu si le chien ne respecte pas les consignes. D'une manière générale, il faudra réapprendre l'éducation de base sur une base très contrôlée (d'abord assis à la gamelle, puis attente de l'ordre d'ingestion, marche en laisse sans tirer) ; les propriétaires devront aussi apprendre à modifier leurs réactions vis-à-vis du chien qui saute : arrêt des gesticulations et des cris qui excitent encore plus l'animal, au contraire manifester de l'indifférence. Tout ceci peut paraître difficile, voire impossible pour ceux qui ont un chien atteint de HS-HA, mais le vétérinaire possède dans son arsenal thérapeutique des aides précieuses que sont les psychotropes : utilisés en début de traitement, ils facilitent l'entrée en thérapie, permettent au chien d'être plus concentré et réceptif à la thérapie comportementale. Notez-bien que les médicaments utilisés dans ce cas ne font absolument pas dormir (ce ne sont pas des neuroleptiques sédatifs), et qu'ils seront retirés dès que le chien montrera des signes évidents de guérison (notamment par l'amélioration de ses scores ETEC que mesurera régulièrement son vétérinaire). Le vétérinaire possède aujourd'hui les outils du diagnostic et du traitement du syndrome hypersensibilité- hyperactivité, il saura vous aider à ne pas baisser les bras face à un compagnon trop remuant. Alors n'attendez plus " que jeunesse se passe", et dans le doute, demandez-lui conseil !

La Lettre du Chien n°27


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