COMPORTEMENT DU CHIEN ET DES JEUX :

JUSQU'OU? PEUT-ON ALLER ?

Valérie Dramard, vétérinaire comportementaliste

 

Êtes-vous au point ? Il y a un minimum de psychologie canine à connaître pour mieux jouer avec votre chien.

Jouer à la balle ou avec un morceau de bois, voilà un des plaisirs simples et naturels que l'on partage avec son chien. Encore faut-il que l'espace s'y prête. En effet, tout le monde n'a pas un jardin, une forêt ou un parc à sa disposition. Ne peut-on jouer avec son chien que si l'on habite dans une maison ou à côté d'un parc ? Non, bien sûr. Toutefois, il est certain que la nature des jeux sera différente selon le lieu où l'on se trouve, mais aussi selon le chien et la personne qui joue avec lui. Avec un peu d'imagination, toutes sortes de jeu sont possibles avec son chien, mais il faut savoir que certains jeux sont déconseillés dans certain cas.

Avant toute chose, il faut définir ce que l'on entend par jouer avec un chien. Dans " le Petit Robert", les définitions du mot jeu sont nombreuses, toutefois les notions de plaisir, d'amusement de récréation, de gratuité, de facilité et de futilité doivent être retenues. Cela signifie que même si jouer avec son chien est une chose essentielle comme on le verra, elle ne doit pas être prise au sérieux.

A QUEL ÂGE COMMENCE T-IL A JOUER ?

Le jeu existe déjà chez le chiot dès sa 3ème semaine, c'est-à-dire dès le début de la phase de socialisation. Comment jouent les chiots ? Ils mordillent en tout sens, se chevauchent, tombent se relèvent, s'attrapent, se poursuivent… Comme leurs dents sont très fines et très pointues ces jeux de mordillement ont tendance à dégénérer ; des cris de douleur, de signes d'énervement apparaissent vite et le jeu se transforme en une sorte de combat. Il est indispensable que la mère intervienne aussitôt pour les arrêter. Son intervention est fondamentale car elle leur apprend à cesser le jeu à temps, avant qu'il ne se transforme en "bagarre". Si elle n'intervenait pas, le combat ne cesserait que dans la douleur et la peur du chiot battu, qui deviendrait de jour en jour de plus en plus timoré. Le chiot gagnant, lui, apprendrait à se battre constamment et il deviendrait de plus en plus agressif. Le jeu disparaîtrait progressivement des activités des chiots. L'intervention de la mère permet de maintenir au sein de la portée des relations ludiques entre les chiots, ce qui est indispensable pour une bonne socialisation. C'est une des raisons pour laquelle il est indispensable que la mère, quelle que soit sa race, soit présente auprès de ses chiots jusqu'à l'âge de 8 semaines au moins.

ON NE MORD PAS !

Comme on le comprend alors facilement, si un chiot n'a pas été correctement materné, c'est-à-dire que les interventions de la mère jusqu'à l'âge de 2 mois ont été insuffisantes, le chiot ne sait pas jouer longtemps (voire pas du tout dans le cas d'un chien désocialisé) : il s'énerve tout de suite en mordillant fort. Si vous venez d'acquérir un chiot qui mordille aussitôt qu'il joue, il faut absolument ne pas le laisser faire et surtout cesser le jeu dès qu'il commence. Si vous le laissez mordiller vos mains, vous vous apercevrez vite qu'il ne saura pas jouer longtemps sans s'énerver et devenir agressif (grognement avec morsure). Vous vous rendrez compte aussi que les jeux de tiraillement l'excitant davantage, il devient vite agressif. Si vous n'agissez pas tout de suite, les choses ne vont pas s'arranger d'elles mêmes, car avec le temps notamment après la puberté (environ 6 mois), l'agressivité augmente. En revanche, si le chiot rencontre fréquemment d'autres chiens adultes bien socialisés, ceux-ci vont lui apprendre à s'arrête à temps, à ne pas s'énerver, donc à jouer " gentiment ".

LES JEUX DE TIRAILLEMENT SONT-ILS INTERESSANTS ?

Les jeux de tiraillement peuvent être effectués avec une corde, un chiffon ou un boudin. C'est un jeu qui est facile à mettre en place chez le chiot. Mais attention, c'est un jeu très excitant. Comme on l'a vu , si le chiot est excité, il devient brutal, voire agressif et ne s'arrête pas sauf si on se fâche. Si on ne veut pas dresser son chien au mordant, ces jeux de tiraillement ne sont pas intéressants. Ils peuvent même être dangereux s'ils sont effectués "en amateur", d'autant que le chiot a encore un réflexe de mordillement important (il mordille tout le temps). Rappelez-vous que le jeu doit procurer du plaisir pour le chien et pour son maître : si on doit se fâcher parce que le chiot fait mal en mordillant, ce n'est plus du jeu.

ET SI ON N'A PAS DE JARDIN POUR JOUER A LA BALLE ?

Le jeu de balle n'est pas le seul jeu que l'on peut avoir avec son chien (voir encadré "Comment lui apprendre à rapporter la balle ?"). Si l'on ne possède pas de grands espaces, il est possible de lancer une peluche ou un jouet en plastique dans son séjour (cela ne manque pas dans les magasins). Les jeux les plus intéressants, ceux qui permettent au chiot de progresser sur le plan psychomoteur, sont ceux où l'on lance un objet qu'il faut rapporter et ceux où l'on cache un objet. Par exemple, vous faites semblant de lancer la peluche dans un sens, mais vous la gardez dans votre dos; votre chien court dans le sens où vous avez fait le geste de la lancer , ne voyant rien tomber, ou ne trouvant rien au sol, il reviendra vers vous. Si vous reproduisez plusieurs fois de suite cette "blague", votre chien deviendra de plus en plus attentif à votre geste, il ne partira que s'il vous voit effectivement lancer l'objet. Vous améliorerez son attention visuelle. Les chiens qui se font avoir tout le temps ont un déficit visuel ou un faible développement psychomoteur.

L'OBJET CACHE

Un autre jeu consiste à cacher un objet dans la pièce et à demander à votre chien de le chercher. Bien sûr au début, vous l'aidez en vous dirigeant vers la cachette. Petit à petit, le flaire de votre chien s'aiguisera, ce qui lui permettra de trouver le jouet plus vite. Si votre chien ne trouve jamais:
o ou son flair est très peu développé ;
o ou sa capacité de concentration est faible (faible développement psychomoteur). Bien entendu, pour stimuler votre chien et le motiver dans ses jeux, il faut montrer beaucoup de plaisir quand il trouve l'objet et ne pas montrer de signe d'impatience. Enfin, rappelez-vous qu'un chien a du mal à se concentrer plus de 5 minutes à la suite. Rassurez-vous pour l'homme c'est 20 minutes.
Enfin l'imagination n'a pas de limite et vous pouvez inventer toutes sortes de jeux avec votre chien. La règle de base est de s'amuser. On pourrait aller jusqu'à dire que la vie avec son chien est constituée à 90 % de jeux. En effet, quand vous demandez à votre chien de s'asseoir, puis de donner la patte ou de faire le beau pour qu'il obtienne un gâteau, c'est un jeu : ça vous amuse et lui aussi ça l'amuse. Il n'est pas indispensable d'apprendre à jouer à son chien, d'apprendre à lui donner la patte ou de lui apprendre à marcher en laisse, mais si tous ces apprentissages sont effectués sur un mode ludique, cela devient un vrai plaisir pour les deux. Ensuite à vous de choisir ce qui vous fait le plus plaisir, selon votre personnalité et votre imagination. L'agility est évidemment une activité sportive ludique par excellence qui doit bien sûr être réalisée dans la bonne humeur (sinon ce n'est plus du jeu).

JOUER C'EST IMPORTANT

Les jeux, comme les câlins, constituent la part la plus importante des relations que l'on a avec son chien ou son chat. Le plaisir et la confiance en sont la base : c'est la règle du jeu. Si l'un des deux se sent obligé ( le maître ou le chien) le plaisir et la confiance disparaissent, des troubles relationnels s'installent et très vite des troubles du comportement. Personne ne vous oblige à jouer à la balle avec votre chien si cela vous ennuie (il le sentira et n'aura pas de plaisir non plus à jouer). Si cacher un objet ou lui faire faire le beau vous amuse davantage, allez y, il y prendra autant de plaisir que vous.

C'EST TOUJOURS VOUS QUI DECIDEZ

Enfin, rappelez-vous l'autre règle fondamentale : vous êtes le guide et le protecteur de votre chien (le leader de la meute), c'est donc à vous de décider quand vous jouer (vous prenez l'initiative) et à quel jeu (selon vos goûts). Bien sûr, vous devez décider en prenant en compte les capacités de votre chien (capacité de concentration, développement psychomoteur, fatigue, douleur) : vous êtes le garant de son bien être.

 

COMMENT LUI APPRENDRE A RAPPORTER LA BALLE ?

Rapporter une balle n'est pas un comportement naturel chez le chien. Le jeu de balle est en fait un apprentissage que l'on doit faire chez le chiot.
Si un chien adulte n'a pas appris-tout chiot-à rapporter une balle ou un objet, il sera difficile de lui apprendre ensuite. C'est ce que l'on observe souvent chez des chiens adoptés dont on ne connaît pas le passé et qui, quand on leur lance une balle, la regardent à peine, ne bougent pas, et vous regarde en remuant la queue, il voit bien que vous avez envie de jouer mais sans comprendre ce que vous attendez de lui.

L'APPRENTISSAGE

L'apprentissage du jeu de balle n'est pas très compliqué. Tout d'abord, placez-vous dans un endroit calme, assez spacieux (jardin, pièce peu encombrée d'au moins 15 m²). Comme pour tout apprentissage, vérifiez que votre chiot:
o n'a pas faim ;
o est reposé ;
o a fait ses besoins.
En effet, l'apprentissage est d'autant meilleur que le chiot est dans les meilleures conditions physiques et physiologiques possibles. La séance ne doit pas excéder cinq minutes. Un chiot de 2-3 mois est spontanément intéressé par tout objet nouveau, comme une balle : il vient la sentir et la prend en gueule, voire la mordille. En plus, comme vous l'avez touchée, votre odeur y sera (la paume de vos mains véhicule votre odeur), ce qui rendra la balle d'autant plus intéressante.

MOTIVEZ-LE

Quand vous présentez la balle de tennis à votre chiot (vous êtes accroupi), il s'approche aussitôt pour la sentir et tente, si vous la maintenez au niveau de sa gueule, de la prendre. A ce moment, vous la déplacez un tout petit peu pour qu'il la rate, puis vous le laissez s'approcher de nouveau… Et ainsi de suite jusqu'à temps qu'il se montre très motivé pour la prendre à tout prix. S'il abandonne, recommencez un peu plus tard et laissez lui la prendre. Puis reprenez la balle et recommencez à le titiller.
Une fois qu'il paraît très motivé pour la prendre en gueule. A ce moment-là, vous le rappelez (accroupi, l'air joyeux), vous patientez jusqu'à ce qu'il vienne (surtout ne vous énervez pas s'il tarde, ne haussez pas le ton). S'il ne vient pas, vous vous levez et vous partez comme s'il ne vous intéressait plus. Comme le chiot est attaché à vous, il laissera tomber la balle pour vous suivre… Vous revenez alors, vous vous placez accroupi près de la balle, vous tapotez à côté "apporte", vous faites mine de la prendre. Assez vite, il la prendra en gueule ; montrez-vous alors très satisfait. Puis de nouveau, vous l'appelez ("apporte"), l'objectif étant qu'il approche de vous avec la balle en gueule. Cela ne se fait généralement pas attendre.

NE LE POURSUIVEZ PAS !

Dès qu'il vient vers vous avec la balle, vous approchez la main, paume vers le ciel "c'est bien, donne"… Bien sûr, les premières fois, il ne vous la donne pas, il s'approche, puis quand vous tentez la main, il recule en remuant la queue (comme s'il pensait "si tu la veux, cours après moi"). Surtout ne le poursuivez pas pour lui prendre : vous restez accroupi, calme, vous n'approchez pas plus la main, après trois demandes sans résultat, vous vous levez et vous partez. Comme la fois précédente, votre chiot a tendance à vous suivre : s'il a encore la balle en gueule, vous vous accroupissez de nouveau tendez la main paume vers le ciel "donne"… Assez vite il la posera et la vous vous montrerez très heureux " c'est bien". Puis, vous concentrez de nouveau son attention sur la balle en titillant, puis vous la faites rouler, etc. L'apprentissage est d'autant plus rapide que le chiot est jeune calme et que rien d'autre ne le perturbe.

 

7 PISTES POUR MIEUX LE COMPRENDRE

On s'aperçoit que certains chiens ont du mal à rapporter l'objet qu'on leur lance. Plusieurs cas se présentent :

1. Celui qui vous oublie complètement.

Le chien court après la balle, il la prend puis la pose et s'en va flairer des brins d'herbe bien plus intéressant. Peut-être n'a t-il pas envie de jouer. Rappelez-vous toujours que le jeu implique du plaisir et de la futilité. S'il n'a pas envie de jouer, ce n'est pas grave, vous n'allez pas le forcer car dans ce cas, il n'y aura plus de plaisir, ce ne sera plus du jeu. Vous le rappellerez plus tard quand il aura fini d'explorer ce super petit coin d'herbe

2. Celui qui revient à 2 mètres de vous et repart aussitôt en sens inverse.

Généralement, vous avez pris l'habitude de le poursuivre pour le rattraper et reprendre la balle. Dans ce cas, vous ne jouez pas à la balle mais au jeu de "cours après moi que je t'attrape". Si vous voulez de nouveau jouer au jeu de lancer de balle classique, quand votre chien revient, vous ne bougez pas, vous continuez de lui demander d'apporter la balle, au bout de trois fois sans résultat, vous tournez les talons. Vous allez voir que si vous vous tenez à cette règle, votre chien comprendra que pour continuer à jouer avec vous, il faut poser la balle près de vous (ou dans votre main)…
C'est la règle du jeu.

3. Celui qui ne veut jouer que quand il en a envie.

A chaque fois que vous l'appelez, il se désintéresse de votre balle avec dédain. En revanche, quand vous mangez ou lisez, il ne cesse de vous apporter la balle et il insiste en aboyant. Du coup, pour le faire taire, vous lui relancez la balle. Votre chien prend clairement l'initiative du jeu. Cela signifie qu'il vous intime l'ordre de jouer et vous lui obéissez. Et là, ce n'est pas du jeu. En effet si vous jouez quand il vous le demande, vous vous sentez obligé ce qui n'est pas un réel plaisir. Par ailleurs, votre chien estime que s'il peut vous commander dans le jeu, il doit avoir le droit de vous commander dans d'autres domaines (alimentation, lieu de couchage). Une sociopathie, c'est-à-dire un flou hiérarchique s'installe, ce qui à des conséquences ennuyeuses (évolution d'une anxiété, apparition ou augmentation des agressions, marquage urinaire dans la maison, aboiements et grattage de porte quand on le laisse seul…). Pour remédier à ce problème, à chaque fois que votre chien vous demande de jouer, vous lui demandez d'attendre. S'il insiste, vous vous fâchez en le renvoyant dans son panier. En revanche n'hésitez pas à l'appeler pour qu'il vienne jouer. S'il ne vient pas ce n'est pas grave, n'insistez pas. Mais il comprendra vite que pour jouer avec vous, c'est quand vous, vous en avez envie.

4. Celui qui détruit et mange la balle avant de la rapporter.

Vous ne pouvez plus jouer avec votre chien car le budget balle de tennis est largement dépassé. Il reste les bouteilles en plastiques, mais cela fait du bruit et il a tendance à voler les bouteilles sur la table. Bref, là non plus ce n'est plus du jeu. Votre chien n'arrête jamais de jouer, des heures durant, au point qu'en hiver il fume sous la pluie tellement il se dépense. Votre chien ne sait pas s'arrêter et cela depuis toujours. Il mordille encore et est brusque au point de se cogner tout le temps, de vous faire tomber. Consultez votre vétérinaire car il est probable qu'il souffre d'un syndrome hypersensibilité-hyperactivité (Hs-Ha) qui entraîne avec le temps des nuisances bien plus graves que la destruction de simples bouteilles en plastique (destruction de mobilier, ingestions de corps étrangers avec risques d'occlusion, malpropreté, vocalise, agressivité). Le syndrome Hs-Ha se soigne d'autant mieux que le traitement est commencé tôt.

5. Celui qui ne joue jamais.

Chiot il ne jouait jamais : quand vous l'avez acquis, il s'est caché sous les meubles pendant 15 jours, puis petit à petit vous avez pu l'approcher. Il est probable que votre chien ne soit pas développé dans les conditions optimales, il a probablement un trouble du développement (syndrome de privation sensorielle). Selon la gravité du trouble, il est possible de récupérer certains comportement de jeu. La rencontre avec d'autres chiens permet parfois d'obtenir une nette amélioration, mais parlez-en à votre vétérinaire car les troubles du développement entraînent d'autres troubles du comportement (phobies, hyper attachement).

6. Celui qui regarde la balle, puis vous regarde, remue la queue mais ne comprend pas qu'il faut aller la chercher.

Vous l'avez adopté dans un refuge vous ne connaissez rien de lui. Il est probable que personne n'ait appris à votre chien à jouer, à aller rechercher un objet quand il était jeune. Il ne faut pas espérer de miracle. Il est très probable que votre chien ne sache jamais jouer à la balle. Toutefois il y a des cas où le chien apprend à jouer en regardant un autre faire (apprentissage par imitation).

7. Enfin, il y a celui qui jouait volontiers, mais qui ne joue plus.

Il semble avoir pris un coup de vieux. Il est triste depuis le départ d'une personne de la famille ou depuis la mort du chat. Bref, il déprime. La diminution des activités de jeu est un signe de trouble émotionnel, d'une anxiété, voire d'une dépression. Certains troubles hormonaux comme le syndrome de Cushing (hypersécrétion des surrénales) et l'hypothyroïdie (insuffisance de sécrétion d'hormones thyroïdiennes ) peuvent entraîner ce genre de trouble. Des douleurs importantes (arthrose, otite) peuvent aussi rendre votre chien triste. Votre vétérinaire pourra établir un diagnostic précis et soigner votre chien en conséquence.

   
   

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