Ces maux qui font mal…
LES NEVROSES DES UNS FONT
LE MALHEUR DES CHIENS

 

L'influence de l'homme sur son animal familier n'est plus à démontrer. La domestication a cependant abouti à des résultats fort divers. Dans bon nombre de situations, le citoyen ne sait plus communiquer, partager avec ses pairs ses joies, peines, soucis ou rêves. Il se retrouve isolé, désespéré dans sa solitude morale, déraciné parfois, désœuvré souvent. En un mot, déshumanisé. Pour " être quelqu'un ", pour se ressourcer, il adopte alors un chien. Seulement, il a perdu le sens des relations homme-animal et comprend mal son ami à quatre pattes. Dans certains cas, le maître immature semble alors laisser vacante la place du chef de meute. Le chien saisit l'opportunité pour devenir le patron et domine par laxisme du maître. Dans d'autres cas, l'animal familier se comporte comme une " éponge émotionnelle ". Il somatise alors ses propres conflits ou concrétise les problèmes de la meute familiale.

Le " bébé " de la famille, ou la "prothèse affective" nécéssaire à un couple sans enfant

Pour se donner une contenance ou parfois même une importance sociale, l'homme n'hésite pas à adopter un compagnon à quatre pattes. Oubliant parfois qu'il s'agit là d'un cœur qui bat et non d'une vulgaire peluche, le maître irresponsable mal informé commet un certain nombre d'erreurs en matière de communication, d'éducation, d'affection. Cela aboutit à des résultats très divers selon les motivations du propriétaire. " Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé ". Cette phrase de Saint-Exupéry illustre parfaitement le problème. Aujourd'hui, la société actuelle est marquée par l'inquiétude, stress, l'insécurité et l'angoisse. Du chien avertisseur au chien défenseur, puis au gardien et au chien de combat, il n'y a qu'un pas. L'état actuel de notre société a donc tout naturellement abouti au " phénomène pitbull ", où l'animal est poussé par des propriétaires peu scrupuleux à renier sa vraie nature et à devenir sociopathe.

En mal d'amour, une personne agée trouve souvent prétexte à déclarer : " ils valent tellement mieux que certains humains ! "

" L'EPONGE EMOTIONNELLE DE L'HOMME "

Certains individus en manque affectif prennent un chien. " C'est le cas de la personne qui a perdu tous ses repères émotionnels. Plus personne avec qui discuter, alors on prend un chien. On cède à tous ses caprices, on le chouchoute exagérément, et cette situation, si elle perdure, aboutit à des troubles inévitables du comportement tels que les sociopathies ", confie Monique Bourdin, vétérinaire comportementaliste. Les personnes célibataires ou les couples sans enfants sont également souvent tentés d'adopter un chien qu'ils considèrent ensuite comme leur enfant. Pourquoi ? Parce que le chiot est une imitation, un leurre, de ce qui engendre chez nous un réflexe inné de protection : l'enfant nouveau-né. Le chiot et le nouveau-né présentent en effet des caractéristiques comparables : une tête ronde, de grands yeux, un front bombé… Tous les chiens de compagnie constituent donc de parfaites variations sur ce thème du bébé humain, tant en ce qui a trait au poids que sur le plan des caractéristiques morphologiques infantiles. Et c'est pourquoi le chien, et notamment le chiot, éveille des comportements instinctifs de protection. Cette substitution peut alors amener le maître à utiliser un vocabulaire des plus enfantins. " Sois sage mon bébé ", " écoute papa "… Les exemples de verbiage employé par l'homme envers son commensal sont nombreux.
De même, prend-on ou adopte-t-on souvent un chien pour le " sauver " ou pour le " rendre heureux ". Mais c'est encore une façon de représenter les choses puisque c'est souvent lié à sa propre histoire donc à son parcours d'humain : parce qu'on a perdu un être cher, parce qu'on a vécu un abandon, ou encore parce qu'on s'est senti malheureux à un moment de sa vie et qu'on ne désire pas que l'être aimé souffre comme on a souffert. On tentera dès lors de procurer au chien ce qu'on n'a pas reçu soi-même : une vie confortable, de l'amour… Cette motivation est très louable. Seulement, on peut se demander si ces raisons suffisent vraiment et si elles ont appropriées au développement d'un chien sociable bien intégré dans une société d'humains ?

LE CHIEN MALADE DE L'HOMME
Trop souvent, les humains reproduisent leurs névroses sur leurs fidèles compagnons, à leurs dépens hélas… - Madame trouve que son bouvier suisse n'a pas assez d'espace. Elle déplace donc la caisse de l'animal. Résultat : perturbation de la lactation de la chienne. - Le maître et la maîtresse ont une fâcheuse tendance à la dispute. Le chien, de son côté, souffre d'une distension assez importante de la vessie. Et très curieusement, la douleur apparaît lorsque l'orage éclate entre ses maîtres ! Heureusement, pour ne pas perturber davantage leur animal, monsieur et madame ont fait la paix. - Gribouille, petit être fragile, est atteinte d'un mal incurable. Discussion avec le vétérinaire… Tout le monde, vétérinaire et maîtres, semble d'accord : la soigner, oui mais en évitant toute souffrance inutile ou tout acharnement thérapeutique. La promesse est faite de soulager Gribouille par euthanasie lorsque l'heure viendrait. La maladie se stabilise. C'est alors que monsieur a un accident. Madame, seule et éplorée, reporte toute son affection et ses soucis sur sa chienne. Soulager par l'euthanasie celle qui aura été pendant des années de bonheur la compagne du couple est presque inconcevable. La maîtresse préfère donc remettre à plus tard l'inévitable décision.

METAMORPHOSE DE L'AGNEAU !

A ces raisons qui incitent à se procurer un chien, s'ajoute parfois aussi un manque de fermeté. Quoi que le chien fasse, tout lui est pardonné. Le maître passe outre ses rebellions successives. Le chien mange à table, dort dans le lit, quémande les caresses et si un jour, par malheur, une de ses prérogatives est remise en question, il peut grogner voire mordre ! Alors, inutile de préciser l'ahurissement du maître blessé, qui pourtant aime tant son petit protégé ! A fortiori, si le chien est d'un gabarit plus impressionnant, il bouscule vite le monde des représentations de ses maîtres. Comment un chien qui était aussi, aussi …gentil et mignon est-il devenu au fil du temps un monstre ? Incapables de concilier affection et autorité, de nombreux maître préfèrent le laxisme à la répression. Et puis pour eux, " limiter l'autre, c'est moins l'aimer ! "

Substitut de poupée, le chien est ainsi résumé à un complément d'apparat.

SOUMISSION, NOUS Y VOILA !

" Devant cette impossibilité à fixer des limites à son chien, le maître se retrouve très vite dans la position du dominé. Par conséquent, il adopte inconsciemment des comportements de soumission vis-à-vis de son chien. Il s'enferme alors dans un système névrotique " chien mordeur-maître mordu" ", explique le docteur vétérinaire Jacques Millemann. Tant qu'il n'y pas de morsure, il n'y a pas mort d'homme. Erreur ! Des subterfuges incroyables sont inventés pour ne pas énerver ou contrarier un toutou. Et pourtant, un jour, on n'y coupe pas : c'est la morsure ! Le maître trouve pourtant encore des circonstances atténuantes à cette attitude. Et ce système peut fonctionner ainsi très longtemps, puisque la démission du maître renforce la dominance du chien.

Hélène Lemarchand et Patricia Penlaë

VOUS AVEZ DIT NEVROSE ?

Lorsque l'homme intervient, il peut faire le meilleur comme le pire. La socialisation et la hiérarchisation sont deux notions indispensables à l'établissement d'un système de communication correcte du chien avec ses congénères et avec l'homme. Le secret d'un chien équilibré réside dans le respect de ses bases qui sont une véritable prévention contre les troubles du comportement. Bien évidemment, le maître recherche en majorité le bonheur de son compagnon. Le véritable problème n'est-il pas celui-ci ? L'important est de prendre conscience que le chien n'est pas une psychothérapie pour le maître. C'est un plus dans une vie du couple où l'un et l'autre apportent à chacun, mais où aucun des deux n'est fait pour guérir les blessures de l'autre. Chaque maître doit donc apprendre à observer son chien et à lui imposes les limites tout en respectant sa nature.

Une forme de névrose bien connue : l'agressivité reproduite sur le chien.

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