Les phobies
chez les chiens

  Lors des dernières journées CNVSPA Rhône-Alpes consacrées aux troubles du comportement, le Docteur B. Heude a présenté les caractéristiques d'affections assez fréquentes chez le chiens, les phobies
     
Les phobies sont "des perturbations émotionnelles pathologiques se traduisant par un état permanent de crainte, voire de peur, déclenchée par un ou plusieurs stimuli identifiables". Le Dr Heude sépare crainte et peur : la crainte apparaît en situation ouverte, alors que le chien peut mettre en oeuvre ses réactions comportementales (mimiques postures, réaction d'évitement, etc). On parle de peur quand on se trouve en situation fermée (lorsque l'animal n'a pas la possibilité de fuir). Alors que la réaction émotionnelle physiologique est suivie d'un rapide retour àla normale, la phobie fait intervenir une réaction émotionnelle non régulée et persistante, sans modulation ni habituation, sans retour spontané à la quiétude lors de la cessation du stimulus. Il faut bien distinguer la phobie (qui apparaît en présence d'un stimulus) de l'état anxieux qui n'a pas de causes déclenchantes objectives et qui succède souvent aux phobies mal ou non traitées.

Etiologie

B. Heude distingue les phobies ontogéniques, qui se sont installées lors de la période sensible du chiot (3 a 12 semaines) et les phobies post-traumatiques apparues tardivement suite a un stimulus nouveau et brutal chez des chiens apparemment "normaux". Les premières surviennent chez des chiots qui ont été élevés dans des milieux peu stimulants et qui ont été brutalement transférés dans des milieux à haute stimulation. La gamme de phobies que peuvent développer ces animaux est large : voitures, bruits, etc. Les phobies post-traumatiques sont acquises après un stimulus violent : par exemple, un chien renversé sur la voie publique peut développer une phobie des voitures. Elles peuvent également se développer à la faveur de stimulus moins forts mais se reproduisant de manière imprévue (sonnerie de téléphone...) alors que le chien ne peut s'y soustraire. B. Heude souligne que l'âge n'est pas un critère pour distinguer ces deux types de phobies mais qu'il faut plutôt se baser sur la maturation sensorielle de l'animal. En effet, B. Heude explique que plus de 80% des phobies post-traumatiques qu'il a rencontrées chez le chien sont intervenues chez des animaux à homéostasie sensorielle faible qui ont pu démarrer leur existence par un syndrome de privation passé inaperçu.

La temps en Alsace

Les stades des phobies

L'évolution d'une phobie se fait en trois étapes. - Le stade 1 ou stade phobique simple : se caractérise par un état de crainte avec réactions d'évitement modérées et un rapide retour à la normale. L'activation du système noradrénergique entraîne l'apparition d'une agitation, de tremblements, d'une tachycardie avec tachypnée, une augmentation de la vigilance.
La phobie peut s'aggraver et le chien présenter un état de crainte ou de peur plus prolongé alors que les réponses phobiques se font à des niveaux de stimulation de plus en plus faibles. Il y a association progressive d'éléments du milieu ambiant à la phobie, ce qui conduit au stade 2. - Le stade 2 ou stade de généralisation : il s'agit d'un processus d'apprentissage au cours duquel le sujet associe de plus en plus d'éléments du milieu ambiant au stimulus sensibilisant. On parle d'anticipation émotionnelle (lors de la phobie des coups de feu, le chien peut présenter un état phobique à la seule vue de son maître s'habillant pour la chasse et même à la seule vue de vêtements de chasse). Par ailleurs, l'état phobique peut se déclencher par extension des stimuli ayant une parenté avec le stimulus originel : ainsi, une phobie de l'orage peut évoluer vers une phobie de tous les bruits violents. Cliniquement, on observe plutôt une activation du système dopaminergique avec anticipation, réactions digestives (vomissements, émission de selles molles), urinaires, réactions agressives directes ou redirigées, hypervigilance. Ce stade 2 peut s'installer d'emblée. - Stade 3 ou stade préanxieux. Les états de paniques sont déclenchés par des stimuli de plus en plus faibles, sont davantage prolongés (jusqu'à plusieurs heures) avec des manifestations organiques de plus en plus sévères. A ce stade apparaissent des activités substitutives : boulimie, polydipsie, léchage... Le système sérotoninergique est alors impliqué et l'animal évolue vers un état d'anxiété permanente.

Evolution et pronostic

Au stade 1, les guérisons spontanées ne sont pas rares pour peu que les maîtres n'aient pas renforcé sans le vouloir les comportements indésirables. A ce même stade, explique B. Heude, il peut y avoir "instrumentalisation des comportements d'agression par un processus de renforcement" c'est le cas des facteurs qui reculent devant le chien qui aboie par peur. Le plus souvent l'évolution du stade 1 se fait spontanément vers le stade 2 dont le pronostic est réservé en l'absence d'une thérapie comportementale et médicamenteuse. Le stade préanxieux est très fugace et l'animal qui consulte a souvent basculé dans un état d'anxiété permanente.

 

Thérapie comporte-
mentale

On lui adjoint très souvent une thérapie médicamenteuse pour obtenir des progrès plus rapides. La thérapie comportementale obéit a de grands principes que B. Heude a rappelé - L'habituation : répétition du stimulus phobique à intensité modérée pour que le chien s'y habitue. - La désensibilisation : présentation du stimulus a des intensités croissantes (il faut procéder très progressivement). - Le contre-conditionnement revient à procurer à l'animal une activité stimulante et motivante pour détourner son attention du stimulus (exemple : jouer ou donner à manger dans une atmosphère bruyante lors de phobie des bruits). - L'extinction: il s'agit d'arrêter de valoriser le comportement phobique (le propriétaire ne doit pas caresser ou réconforter le chien qui a peur). - Le renforcement positif : ce sont les caresses et les récompenses dès que les manifestations de peur ou de crainte ont cessé.


Thérapie médicamen-
teuse

Elle varie en fonction des différents systèmes qui interviennent. Quand le système noradrénergique intervient (stade 1), on peut utiliser trois classes de médicaments : * Bêta bloquants : Propranolol (Avlocardyl, 10 à 20 mg/kg forme retard). pour B. Heude, c'est le meilleur remède au stade 1et en particulier lors de phobies des bruits. * Anxiolytiques : Trioxazine (Relazine ND) ou benzodiazépines (mais elles entravent l'apprentissage et sont proscrites dès qu'il existe des réactions agressives). * Neuroleptiques : il faut les choisir faiblement désinhibiteurs pour éviter les agressions. On peut utiliser la thioridazine (Melleril ND) - Quand le système dopaminergiques est dominant (stade 2), on peut utiliser : * En premiêre intention les benzamides substitués Tiapride (Tiapridal ND) à la dose de 400 mg/m2. ou sulpiride (Dogmatil Nd), ce dernier étant très efficace lors de réactions digestives. * Les neuroleptiques actifs au niveau dopaminergique : pipampérone (Dipipéron ND à la dose de 60 mg/m2, très active lors d'agressions. * Un antidépresseur anxiolytique : la clomipramine (Anafranil ND) à 2 ou 3 mg/kg très intéressante lors de mictions et défécations. On peut avec profit l'associer à la trioxazine. - Au stade préanxieux, B. Heude propose la clomipramine (Anafranil ND) ou un thymorégulateur comme le valpromide (Depamide ND).


Prévention

Le vétérinaire et l'éleveur ont un rôle crucial à jouer dans la prévention de ces phobies - socialisation rapide des chiots, élevage dans un contexte riche de stimuli. - Eviter d'exposer les très jeunes chiens à des stimuli très violents ne pas aller voir un feu d'artifice avec un chiot que l'on vient de prendre au chenil... - "Traiter" immédiatement toute peur dès son apparition par les thérapies comportementales décrites plus avant. Le vétérinaire se doit d'expliquer ces gestes très simples lorsqu'il repère un chiot peureux lors de la première consultation vaccinale.


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