MALADIE DE CARRE

LA MENACE PLANE TOUJOURS

dr Marie-Luz Garcia-Condé

 

On la sous-estime car on pense être à l'abri de toute épizootie. Pourtant la maladie de Carré menace toujours. Et si la vigilance faiblit, une émergence des formes atypiques devient des plus probables !

 

 

La maladie de Carré est typiquement une maladie du chiot, raison pour laquelle on la surnomme " maladie du jeune âge ". Aussi appelée " Dog Distemper ", elle est très répandue dans l'espèce canine. Elle l'était tout spécialement pendant les années cinquante et au début des années soixante, l'efficacité des vaccins laissant encore à désirer. La vaccination était encore peu entrée dans les mœurs, et les rappels assez rarement renouvelés après l'âge de deux ans. Puis, vers la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, la vaccination massive des chiens a permis un bon contrôle. Et pourtant, la fin des années quatre-vingt a connu une épizootie, probablement due à une baisse de la vigilance et au fait que l'on a été moins regardant envers le protocole de vaccination.
Depuis, elle menace toujours. Son émergence est toujours possible en cas de négligence. Avant la quasi- systématisation de la vaccination, les chiens avaient une forte probabilité de s'infecter spontanément. Mais actuellement, étant donné le grand nombre de chiens vaccinés, ceux qui ne sont pas protégés ont une immunité insuffisante qui les rend extrêmement sensibles au virus. Or non seulement la maladie de Carré entraîne une forte mortalité, de l'ordre de 50 à 80%, mais elle laisse des séquelles neurologiques graves chez près de la moitié des survivants. Les forme sévères touchent les individus qui ne synthétisent que peu d'anticorps. Les formes atypiques, celles qui ne se manifestent par des troubles nerveux sans passer par les phases initiales respiratoires et digestives, sont assez fréquentes chez les chiens qui n'ont par reçu les infections de rappel en temps et en heure.

Photo 1 : La maladie de Carré est typiquement une maladie du chiot. Elle entraîne une forte mortalité et laisse de graves séquelles neurologiques chez près de la moitié des survivants.

CONTAGION DIRECTE OU INDIRECTE

Cette maladie très répandue chez le chien affecte aussi les canidés. Le furet, très en vogue actuellement, y est également sensible. Quant au chat, s'il développe des anticorps au contact du virus, il ne manifeste aucun symptôme et, mieux encore, il n'excrète pas le virus ; il ne risque donc pas de contaminer le chien.
Le virus de la maladie de Carré ne présente aucune affinité avec la chaleur. Quelques heures à une température ambiante tempérée sont suffisantes pour l'anéantir. En revanche, il se porte mieux du monde à basse température : il peut rester vivant plusieurs semaines à 4°C, mais la congélation n'a aucun effet sur lui. C'est la raison pour laquelle cette maladie est plus fréquente en hiver sous forme d'épizootie alors qu'en période plus clémente, les animaux s'infectent plutôt par contact direct avec un sujet malade.
Du fait de la présence du virus dans le mucus des voies respiratoires, les chiens se contaminent aussi fréquemment par les aérosols produits par la toux. Mais toutes les sécrétions produites par un chien peuvent être source de contamination. Ainsi la salive, l'urine, les selles et même les sécrétions oculaires contaminées sont dangereuses pour le reste de l'effectif.
Mais il ne faut pas sous-estimer la contamination indirecte : prévoyez toutes les mesures d'hygiène nécessaires. Après une contamination par voie respiratoire ou conjonctivale, a lieu la période d'incubation qui dure en moyenne de trois à sept jours. Le chien présente ensuite de la fièvre pendant près de trois jours. Les chiens qui possèdent un taux d'anticorps suffisant pour stopper la multiplication du virus guérissent sans avoir manifesté de symptômes graves. Ils représentent la moitié des cas.
Si en revanche, le chien ne possède pas d'immunité efficace, le virus se multiplie dans de nombreux organes, dont le système nerveux, et la maladie de manifeste avec les symptômes classiques. Leur intensité dépend de la façon dont le système immunitaire répond.
Un dernier cas de figure concerne les chiens possédant des anticorps contre la maladie, mais en faible quantité. Il s'agit souvent de chiens qui ont été vaccinés, mais dont les rappels n'ont pas été effectués dans les délais. Après une première phase fébrile, ils paraissent guéris et pourtant, trois à cinq semaines plus tard, ils manifestent des symptômes nerveux

Photo 2 : Toutes les sécrétions produites par un chien peuvent être source de contamination de la maladie de Carré : aérosols produit par la toux, salive, urine, selles et même sécrétion oculaires.

DE LA FIEVRE AUX TROUBLES NERVEUX

Dans la forme classique de la maladie de Carré, les premiers symptômes apparaissent quelque jours à une semaine après la contamination. Le chien est fiévreux ( aux environs 40°) pendant deux à trois jours, période pendant laquelle le virus se multiplie dans le sang. En parallèle, il souffre d'une conjonctivite avec des yeux de couleur rouge vineux, symptôme qui va persister tout au long de la maladie. Ses yeux et son nez coulent, et de petites lésions cutanées pustuleuses peuvent apparaître sur la face interne des cuisses et sur l'abdomen.
Puis, pendant quelques jours à une semaine, tout semble rentrer dans l'ordre. Arrive alors la deuxième phase symptomatique. La fièvre se maintient, la diarrhée s'installe, signe d'une entérite, ainsi qu'une toux due à une trachéo-bronchite, le virus ayant envahi les cellules de l'intestin et de l'appareil respiratoire. Des complications bactériennes vont être à l'origine d'une rhino-conjonctivite purulente, une broncho-pneumonie rendant la respiration difficile. Des vomissements s'ajoutent à la diarrhée. Enfin la cornée peut s'infecter, provoquant une kératite suppurée qui va finir par s'ulcérer.

Photo 3 : Il est inutile de vacciner les chiots avant l'âge de huit semaines car les anticorps maternels contenus dans le colostrum lors de l'allaitement risqueraient de neutraliser les anticorps secondaires au vaccin.

Plus tardivement, la troisième phase de la maladie va toucher les centres nerveux sous la forme d'une méningo-encéphalomyélite. Le chien souffre alors de pertes de l'équilibre, voire de paralysie, il peut convulser ou simplement présenter des contractions spasmodiques de certains muscles. Il peut aussi devenir aveugle. Ces troubles nerveux apparaissent quelques semaines à quelques mois après le début de la maladie. Si le chien survit, il garde dans près de la moitié des cas des séquelles neurologiques, visuelles, pulmonaires ou dentaires (dents jaunâtres dues à une altération de l'émail).
Mais il existe de fréquentes formes atypiques de la maladie de Carré. L'une d'elles, appelée " Hard Pad Disease ", touche les coussinets plantaires et la truffe qui sont épaissis, desséchés et fendillés. Une fièvre constante aux alentours de 39,5° C accompagne des écoulements des yeux et du nez pour évoluer vers une encéphalite. La mort est certaine en quelques semaines. Autre forme atypique, celle que l'on observe fréquemment chez le vieux chien comme seuls signes des troubles nerveux dus à une encéphalite.

UNE IMMUNITE VARIABLE

La sensibilité au virus de la maladie de Carré vari énormément en fonction des individus car la manifestation de la maladie dépend de leur statue immunitaire. Les plus sensibles sont les chiots vers l'âge de six à sept semaines, soit au moment où le taux d'anticorps maternels diminue. Les chiens âgés ont un système immunitaire plus défaillant et sont souvent incorrectement vaccinés, en raison de l'idée reçue selon laquelle la maladie affecte plutôt les jeunes. Les animaux non vaccinés, ils n'ont plus la possibilité de s'immuniser naturellement par contact avec des animaux malades. Certains facteurs, comme les parasitoses intestinales ou l'abus de corticoïdes, favorisent également l'apparition de symptôme en réduisant considérablement les défenses immunitaires du chien.

SEROTHERAPIE ET TRAITEMENT DES SYMPTÔMES

La sérothérapie peut avoir un intérêt si elle est effectuée dans les trois premiers jours de la maladie, mais elle reste totalement inefficace lorsque celle-ci est bien installée. Elle permet d'administrer des anticorps spécifiques carrés qui agiront immédiatement. Trois ou quatre jours plus tard, une nouvelle dose permet d'immuniser rapidement des individus non vaccinés dans un effectif au sein duquel un ou plusieurs chien sont atteints de la maladie de Carré. La protection est immédiate.
Concernant les animaux malades, on ne dispose pas de traitement virucide, comme pour les autres maladies virales. La seule arme possible est l'antibiothérapie pour lutter contre les complications bactériennes et le traitement symptomatiques des troubles digestifs et de la déshydratation.
En raison de l'importance de la contagion directe, des mesures sanitaires s'imposent. Ce virus est peu résistant, sensibles à la chaleur et à la lumière. Il est également très sensible aux antiseptiques classiques et à l'eau de Javel. Aussi le nettoyage et la désinfection des locaux ne pose pas autant de problèmes que dans le cas de parvovirose.

VACCINATION ET CONTRÔLE

La vaccination est la seule mesure préventive efficace dans le contrôle de la maladie. Encore faut il que le protocole de vaccination soit respecté.
· Si le chien est correctement vacciné, il éliminera le virus sans manifeste quelconque symptôme.
· S'il n'a pas été vacciné, il manifestera la forme classique de la maladie avec troubles respiratoires et digestifs, puis nerveux. La maladie évoluera dans quelques rares cas vers la guérison. Plus fréquemment une forme chronique laissant des séquelles s'installera. La mort est l'issue de la plus probable ( 50% chez l'adulte, 75% chez le chiot).
· Si les rappels ne sont pas faits dans les temps ou si la deuxième injection de la primovaccination n'a pas été faite, la forme nerveuse s'installera directement en évoluant soit vers la guérison, soit vers une forme chronique.

Un isolement de douze jours minimum s'avère indispensable dès l'introduction d'un nouvel individu au sein de l'élevage. Il convient de réaliser un relevé de température matin et soir pendant toute cette période afin de détecter la phase de fièvre qui pourrait passer inaperçue. Car si théoriquement, un chien sain correctement vacciné ne peut être excréteur du virus, et donc ne peut propager la maladie, on ne peut jamais exclure à 100% une rupture d'immunité.
La vaccination procure une protection réellement efficace. Elle à fait ses preuves ces dernières années. Ces vaccins ne peuvent pas être utilisés chez des femelles gestantes sans risque pour les chiots. Aussi vérifiez les dates des chaleurs chez les femelles reproductrices. Il vaut mieux avancer le rappel vaccinal, que le retarder. En effet, chez les chiens adultes chez qui on ne respecte pas le protocole vaccinal la maladie aura tendance à se manifester par des troubles nerveux graves.

CE QUE DIT LA LOI

La maladie de Carré fait partie des vices rédhibitoires. Pour que la garantie puisse entre en jeu, il faut que la maladie ait été suspectée par un vétérinaire dans un délai maximal de huit jours à dater de la livraison de l'animal, avec un certificat rédigé par lui-même. Sur l'animal vivant, des examens complémentaires doivent confirmer le diagnostic : prélèvement sanguins, calques de la conjonctive ou d'autres muqueuses. Sur l'animal mort, l'analyse du liquide céphalo-rachidien ou l'histologie d'organes permettent de mettre en évidence le virus.

La première infection ne doit pas avoir lieu avant l'âge de huit semaines car les anticorps maternels transmis par le colostrum risquent d'être encore présents et de neutraliser les anticorps secondaires au vaccin. La vaccination serait alors inefficace. Le rappel doit avoir lieu vers la douzième semaine. En revanche, si la primovaccination a lieu après l'âge de trois mois, ce qui reste très rare en élevage, une seule injection est suffisante. Il est vrai que dans un élevage sain où tous les individus sont vaccinés annuellement, on pourrait théoriquement réaliser une seule infection dès que le chiot a plus de trois mois. Cependant, du fait de la gravité de cette maladie chez un chiot non immunisé et qu'il soit destiné à la vente, ce cas de figure idéal se présente rarement. Le vaccin est souvent associé à d'autre maladie comme la parvovirose et l'hépatite de Rubarth. En cas d'urgence, le vaccin peut être administré par voie intraveineuse afin d'obtenir une réponse immune plus rapide.

UNE MALADIE EN QUATRE EPISODES

Premier épisode (deux à trois jours) Fièvre autour de 40°C Conjonctive donnant des yeux rouge vineux Ecoulement nasal inconstant
Deuxième épisode (phase silencieuse) Etat général normal Conjonctive
Troisième épisode (deux à trois semaines) Fièvre et abattement Conjonctive purulente, voire kératite Toux et difficultés respiratoires Vomissements et diarrhée Avortement possible chez la femelle gestante
Quatrième épisode (environ un mois) Perte d'équilibre ou paralysie Convulsion

 

Les Cockers de l'Etang au Coeur Sauvage
Version 2005
23a, rue de Rathsamhausen
67 144 ESCHAU
Tél : 03 88 64 17 03
Design : DAT
Email : cockers@coeur-sauvage.com