DIARRHEES ET ALIMENTATION


 

Les diarrhées sont fréquentes en élevage. Elles connaissent de nombreuses causes, en particulier infectieuses et nutritionnelles. L'adaptation de régime alimentaire permet dans certains cas de les combattre.

Exemple de calendrier de transition alimentaire

aliment A = aliment habituel ;

aliment B = nouvel aliment

Jour 1 à 3 : ...........3/4 aliment A + 1/4 aliment B

Jour 4 à 6 : ...........1/2 aliment A + 1/2 aliment B

Jour 7 à 9 : ...........1/4 aliment A + 3/4 aliment B

Jour 1O : ..............aliment B seul

Consulter un vétérinaire devient nécessaire dans trois cas au moins :

- diarrhée profuse entraînant une déshydration rapide de l'animal : la peau perd de son élasticité : lorsque l'on pince la peau au niveau lombaire un pli de peau persiste.

- état général pertubé : température en hausse, tonus en baisse, refus total de manger...

- diarrhée persistant plus de trois jours consécutifs.

 

La diarrhée se caractérise par l'émission de selles trop liquides et/ou trop fréquentes. Elle s'installe dès que la capacité de réabsorption du côlon ne peut plus compenser un excès d'eau à la sortie de l'intestin grêle (diarrhées de l'intestin grêle), ou qu'un dérèglement des fonctions du côlon l'empêche d'exercer son rôle régulateur.
L'alimentation est souvent, sinon un facteur déclenchant, un élément aggravant ou d'entretien de la diarrhée. Quelle que soit son origine, la diarrhée nécessite toujours des mesures diététiques et, dans de nombreux cas, celles-ci peuvent suffire. Il convient donc de passer en revue successivement :
- les troubles liés au mode ou à la qualité de l'alimentation,
- les mesures diététiques à prendre à court et moyen terme en cas de diarrhée.

MECANISMES PHYSIOPATHOLOGIQUES DE LA DIARRHÉE

On recense 5 mécanismes principaux de diarrhées, selon les perturbations des transferts hydriques en cause ; tous ces mécanismes peuvent être plus ou moins intriqués.

Diarrhée osmotique

Un appel d'eau se crée depuis la lumière de l'intestin grêle à cause de l'accumulation de nutriments non-assimilés. Ces derniers servent alors de substrat pour la prolifération bactérienne qui entretient ou aggrave la diarrhée. Ce mécanisme est le plus fréquemment impliqué lors de diarrhée chez le chien, surtout lorsqu'il s'agit initialement d'un trouble nutritionnel.

Diarrhée par diminution de la capacité d'absorption des cellules de la muqueuse intestinale

Toutes les infections virales et bactériennes à tropisme digestif entraînent des lésions de la muqueuse intestinale, contrariant la réabsorption par la muqueuse de l'eau contenue dans le chyme intestinal.

Diarrhée par hypersécrétion

Certaines bactéries sécrètent des toxines qui stimulent la sécrétion d'eau et d'ions par la muqueuse intestinale.

Diarrhée par perméabilité augmentée

Les inflammations aiguës ou chroniques de l'intestin (infestation parasitaire, pullulation bactérienne...) sont responsables de lésions intestinales qui déclenchent des pertes massives en eau et en électrolytes, voire même de cellules sanguines lors de diarrhées hémorragiques.

Diarrhée par perturbation de la motricité intestinale

Toute modification de la vitesse du transit perturbe l'assimilation normale des nutriments, et favorise donc des perturbations osmotiques.

TROUBLES LIES AU MODE D'ALIMENTATION

Bien des troubles digestifs rentrent dans l'ordre lorsque l'on corrige certaines erreurs d'alimentation trop fréquentes.

Changement brusque de régime

Les enzymes digestives et la flore intestinale sont normalement en équilibre en fonction d'un régime donné. Lorsque celui-ci est modifié, une période d'adaptation est nécessaire. Plus le changement de composition du régime est important, plus la transition doit être progressive.
C'est au sevrage que le risque de diarrhée est le plus important : le lait maternel est riche en protéines et en lipides : le passage à un aliment contenant des céréales (donc de l'amidon) doit être suffisamment lent pour permettre le développement d'enzymes spécifiques (amylases) et éviter ainsi une diarrhée osmotique due à une mauvaise digestion.
Chez un chien adulte, le passage d'un régime à un autre doit s'étaler sur 8 à 10 jours, en substituant peu à peu le nouvel aliment à l'ancien.

Surcharge alimentaire

Lorsque les quantités ingérées quotidiennement dépassent la capacité enzymatique, le gros intestin reçoit une grande quantité de substances indigérées qui favorisent l'installation d'une diarrhée osmotique. Cette surcharge peut être due à :
-une ration quotidienne importante distribuée en une seule fois,
- un aliment pauvre en énergie consommé en grande quantité pour satisfaire les besoins.
Lorsque la consommation est excédentaire par rapport aux besoins, la digestibilité baisse et le volume des selles émises augmente. Il faut donc surveiller strictement le rationnement.
Lorsqu'au contraire, les besoins énergétiques augmentent (période hivernale, entraînement/compétition), mieux vaut changer d'aliment : l'augmentation du niveau de matières grasses permet en effet de limiter la quantité de matière sèche (MS) ingérée.

Mode de distribution

Un aliment initialement sain peut s'altérer si on le laisse exposé à l'air, surtout en atmosphère chaude : c'est le cas des conserves, des viandes, des soupes réhydratées. Cette pollution bactérienne est particulièrement gênante chez les jeunes animaux dont l'acidité gastrique est moins importante, et qui sont plus sensibles aux contaminations microbiennes. Un chiot nécessite qu'on soigne la fraîcheur de ses aliments.
Il est donc préférable de nettoyer la gamelle après, chaque repas, en éliminant les restes non-consommés. Seuls les aliments secs peuvent être éventuellement laissés en libre-service, mais il faut cependant se méfier des conditions de stockage : si le distributeur n'est pas parfaitement isolé de l'humidité, des moisissures microscopiques sont susceptibles de se développer, produisant des toxines dangereuses pour la santé de l'animal.

TROUBLES LIES A LA QUALITE DE L'ALIMENTATION

Choix des matières premières

Des protéines de mauvaise qualité, résistantes à l'attaque enzymatique (farines d'os, de plumes, tendons, aponévroses...) se conduisent comme du lest indigestible dans l'intestin : elles accélèrent ainsi l'action d'une flore alcalinisante, produisant des acides gras volatils, des gaz, et éventuellement des toxines, à l'origine d'une diarrhée putride.
Un régime excessivement fibreux (riche en sous-produits de céréales, sons) a tendance à faire accélérer le transit, diminuant ainsi le temps de l'attaque enzymatique indispensable à une bonne digestion.

Formulation

Les carnivores assimilent bien les glucides digestibles (amidon, sucres solubles) jusqu'à un certain seuil dans la ration, qui dépend de leur âge, de leur activité et de leur tolérance individuelle. La formulation des aliments doit prendre en compte ce facteur pour adapter le niveau de glucides à la situation visée. Un excès de lactose, d'amidon ou de fibres solubles encourage le développement de lactobacilles et donc la production d'acide lactique créant un appel d'eau dans l'intestin, responsable de diarrhées aigrelettes.

Technologie

La cuisson d'un aliment doit satisfaire à deux contraintes opposées : transformer la structure physique de l'amidon pour le rendre accessible aux enzymes digestives, tout en préservant les qualité initiales des protéines, facilement dégradées par une cuisson excessive. En effet, une cuisson insuffisante de l'amidon ou un chauffage excessif des protéines peuvent tous deux provoquer une diarrhée par maldigestion.
Dans le cas des aliments secs, une pré-cuisson des céréales est réalisée avant extrusion, afin de limiter l'exposition des protéines à la chaleur. Le contrôle de la cuisson se fait par la mesure du taux de gélatinisation de l'amidon, et par le dosage de certains acides aminés fragiles, comme la lysine.

Allergie alimentaire

L'allergie alimentaire vraie est rarement rencontrée chez le chien. Lorsqu'elle est confirmée, les symptômes sont généralement cutanés : le chien se gratte, des plaies de lèchage se développent. Cependant, dans 20 à 30 % des cas, on constate des vomissements et des diarrhées. Les nutriments responsables d'allergies alimentaires chez le chien peuvent se rencontrer dans des matières premières variées : boeuf, lait, blé, soja, certains additifs alimentaires... Même si les symptômes régressent après un changement de régime alimentaire, il faut cependant se méfier de ne pas trop vite conclure à une allergie : même si le nouveau régime est en effet formulé avec des matières premières différentes, il est généralement aussi différent quant aux proportions respectives des protéines, matières grasses, fibres... Il peut donc peut fort bien simplement apporter une réponse à une intolérance causée par l'une des raisons citées plus haut, ou d'une insuffisance digestive perturbant l'assimilation.

MESURES DIETETIQUES EN CAS DE DIARRHÉE

Diarrhée aiguë

Lorsque la diarrhée évolue brutalement sur une période de quelques jours, la diète s'impose d'emblée pour laisser le temps aux cellules des villosités intestinales de se régénérer. La suppression de l'eau de boisson n'est recommandée que lorsque diarrhée et vomissements sont associés, et pendant 24 heures au maximum : il faut alors surveiller attentivement l'état d'hydratation de l'animal, surtout chez un chiot.
Après 24 heures de diète totale, on peut commencer a réalimenter en petites quantités, plusieurs fois dans la journée, en mixant éventuellement l'aliment lors de gastro-entérite aiguë. Le retour à un régime normal s'effectue en 3 à 5 jours.

Diarrhée chronique

L'objectif diététique majeur consiste à minimiser la quantité de sous-produits issus de la digestion : il faut donc adopter un aliment hyperdigestible, facilitant l'assimilation des nutriments indispensables, même en cas de déficience enzymatique propre à l'animal : insuffisance pancréatique exocrine, insuffisance hépatique...

Rôle des fibres

Un minimum de fibres est nécessaire à l'équilibre de la flore intestinale, mais plus le niveau de fibres augmente, plus la digestibilité de l'aliment baisse. La cellulose brute indiquée sur les emballages ne reflète malheureusement pas la réalité de la teneur totale en fibres d'un aliment ; celle-ci ne devrait pas dépasser 5 à 6 % de la MS lorsqu'il s'agit d'une diarrhée de l'intestin grêle (diarrhée osmotique surtout).
Les fibres abrasives pour la muqueuse intestinale (son) seront limitées au profit de fibres fermentescibles (pulpe de betterave, gommes) favorables à l'hygiène digestive. Un aliment hyperdigestible incorporera donc préférentiellement des céréales sous forme de farines purifiées, plutôt que des céréales entières.
Lorsque la diarrhée prend son origine dans le gros intestin (selles molles très fréquemment émises, avec mucus, accompagnées de flatulences), une amélioration peut au contraire être observée en relevant le niveau de fibres de la ration, pour tâcher de limiter les proliférations bactériennes en stimulant l'évacuation des matières fécales. La solution diététique passe alors, soit par l'addition de quelques cuillerées de son à la ration, soit par le mélange à parts égales d'un aliment hyperdigestible et d'un aliment hypocalorique. les proportions pouvant ensuite être revues en fonction des résultats obtenus.

Plafonnement de la fraction glucidique

La composition d'un lait maternisé doit se rapprocher au mieux de celle du lait maternel. S'il contient trop de lactose, il peut déclencher une diarrhée chez le chiot allaité artificiellement.
L'adulte digère lui très peu le lactose ; contrairement à une idée reçue, le lait est donc formellement déconseillé en cas de diarrhée.
Carnivore à l'origine, le chien est relativement mal équipé en enzyme pour digérer l'amidon (amylase). Sa capacité à le digérer est limitée, même si l'amidon a été bien cuit pour faciliter l'attaque enzymatique. Dans certains cas, la tolérance ne dépasse pas 30 à 40 % d'amidon sur MS ; exemples :
- chiots, certaines races de chiens nordiques
- activité physique intense,
- insuffisance pancréatique exocrine...

Qualité des protéines

Une restriction protéique est rarement justifiée en cas de diarrhée (sauf quelques cas graves d'insuffisance hépatique ou le foie devient incapable de transformer l'ammoniaque en urée). En règle générale, un apport protéique réhaussé contribue au contraire au maintien de l'état général (25-30 % de la MS).
Les protéines d'origine végétale seront le plus possible substituées par des protéines animales plus digestibles à condition que le niveau de collagène soit plafonné à 15-20 % des protéines totales. L'association de plusieurs sources de protéines différentes incluant de l'oeuf entier ou des protéines d'oeuf purifiées (caséine), permet de bénéficier de leur complémentarité sur le plan de l'apport en acides aminés indispensables.
Réduire le taux de fibres de la ration ne sert à rien si la qualité protéique ne va pas de pair : sinon, le transit intestinal se ralentit, et les protéines indigérées fermentent, entraînant l'apparition de sous-produits potentiellement toxiques.

Ajustement de l'apport en matières grasses

Monter le niveau de matières grasses permet :
- d'augmenter la densité énergétique de la ration, donc de compenser la réduction de l'assimilation de l'énergie en cas d'insuffisance enzymatique (ex : insuffisance pancréatique),
- de diminuer les quantités distribuées ce qui limite le risque de diarrhée.
Même un animal insuffisant hépatique tolère jusqu'à 20 % de matières grasses sur MS, si la ration journalière est fractionnée en 3 repas.

CONCLUSION

L'alimentation est loin d'expliquer tous les cas de diarrhée. Elle ne doit donc pas être blâmée en priorité lorsque celle-ci survient, surtout de manière aiguë, ou associée à d'autres symptômes : un changement de régime trop hâtif complique souvent le diagnostic pour le vétérinaire. Lorsqu'une cause extra-nutritionnelle est suspectée, les mesures diététiques consistent surtout à accompagner le traitement médical, en gérant le rythme et le niveau alimentaire lors de la reprise de l'alimentation.
En revanche, la diététique seule s'avère particulièrement efficace dans des cas de diarrhées chroniques ou récidivantes, dont l'origine est difficile à cerner.
Pour l'aider à choisir un régime approprié, le propriétaire bénéficie :
- des indications des fabricants qui proposent plusieurs gammes de qualité différentes, en fonction du niveau d'exigence de l'animal;
- des conseils du vétérinaire, de mieux en mieux formé à la diététique canine, qui dispose pour sa clientèle de produits "à objectifs spéciaux" conçus spécialement pour telle ou telle pathologie.

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