L'OBESITE CHEZ LE CHIEN

CAUSES ET SOLUTIONS

On parle d'obésité quand l'excès pondéral est compris entre 10 et 20 %. Cette augmentation de poids se fait en faveur des masses graisseuses. Trop souvent, les propriétaires de chiens ferment les yeux sur cette obésité : une enquête amricaine a montré que 31 % des propriétaires de chiens obèses ne les jugeaient pas comme tels.

Evaluer l'obésité

En médecine humaine, il existe des méthodes objectives pour quantifier l'obésité. Chez le chien, nous en sommes encore à des méthodes plus ou moins empiriques. L'une d'entre elles consiste à évaluer l'épaisseur du tissu adipeux recouvrant les côtes, en faisant glisser les doigts d'avant en arrière. La plupart des races, quand on les regarde "vu du dessus ", ont un corps en forme de sablier L'appréciation de cette silhouette permet également de quantifier l'obésité (voir tableau I).
Bien évidemment, cette classification doit être modulée selon les races : il est normal de voir les côtes chez un Greyhound alors qu'elles sont peu apparentes chez un Labrador à son poids de forme.
Pour évaluer l'obésité, on peut encore se fier aux poids idéaux définis par les standards. Cependant, la simple mesure du poids ne fait pas la part entre tissus graisseux et tissus musculaire : ainsi, un chien de traîneau en pleine forme car bien entraîné peut avoir le même poids qu'un autre sédentaire et franchement obèse. Enfin, des méthodes plus récentes utilisent l'échographie : par des formules mathématiques, on peut évaluer l'importance de la masse graisseuse. Mais ces techniques sont encore du domaine de la recherche et sont surtout utilisées en laboratoire.

Obèse et malade

La première hypothèse qui vient à l'esprit face à un chien obèse est qu'il mange trop. C'est vrai dans la grande majorité des cas. Cependant, un bilan demeure nécessaire car certaines maladies sont elles-mêmes responsables de l'obésité :
: - Le syndrome de Cushing aussi appelé hyperadrénocorticisme est une maladie des glande surrénales qui produisent trop de corticostéroides, une sorte de cortisone " naturelle " en somme. On le rencontre plus volontiers chez les chiens d'âge moyen ou avancé, et dans certaines races telles que le Caniche, le Teckel, le Boxer et le Boston Terrier. Les symptômes incluent une polyuropolydipsie (l'animal boit et urine beaucoup), une chute de poils, une léthargie, un abdomen pendulaire. Dans 50 % des cas, on observe une obésité.
- L'hypothyroïdie est également un dysfonctionnement glandulaire fréquemment accompagné de prise de poids excessive. Le diagnostic se fait par des méthodes biologiques, comme précédemment, c'est une maladie de l'adulte ou du vieux chien. Parmi les races prédisposées, citons : Golden Retriever, Bulldog Anglais, Setter Anglais, Epagneuls. Ici encore, on observe des troubles cutanés et souvent une hyperpigmentation de la peau.
- Le diabète sucré : il semble exister un lien très étroit chez le chien entre obésité et diabète : 61 % des chiens obèses présenteraient un "pré-diabète" ou un diabète.

Les causes alimentaires

Cela étant, la grande majorité des cas d'obésité, une fois éliminée l'hypothèse des maladies précédemment citées, sont redevables d'un régime. L'obésité est généralement liée à une ingestion d'énergie supérieure aux besoins. Or, la frontière entre l'équilibre et l'excès est relativement ténue : ainsi, un chien ingérant 1% de calories en sus de sa dépense énergétique risque-t-il un excès pondéral de 25 % à la moitié de sa vie.

L'installation de l'obésité s'effectue en deux phases : la première est appelée phase dynamique (l'animal grossit), la seconde phase statique (l'animal reste gros en mangeant presque raisonnablement). La cause principale de cet état est une vie trop sédentaire.

Chez le chiot, l'alimentation aura des effets déterminants sur l'apparition d'une éventuelle obésité. Celle-ci est liée en effet à deux phénomènes : augmentation de la taille des cellules graisseuses ou adipocytes ou augmentation du nombre d'adipocytes. Un chiot suralimenté va voir son nombre d'adipocytes augmenter, ce qui va le prédisposer à l'obésité. Chez l'adulte, le nombre de cellules graisseuses n'augmente plus, mais celles-ci peuvent se " gonfler " jusqu'à 1000 fois leur poids. On com-prend donc que le chiot suralimenté partira dans la vie avec un " pool " d'adipocytes plus important, ces cellules ne demandant par la suite qu'à se gorger de lipides. Ce phénomène est constaté aussi chez l'homme : 80 % des enfants obèses le seront aussi à l'âge adulte.

La valse des hormones

Il serait trop long ici de détailler le rôle des différentes hormones dans la prise alimentaire. Rappelons toutefois qu'il existe un système de contrôle central au niveau du cerveau qui envoie des "messages " à différents organes (signaux efférents). Ces derniers répondent à leur tour (phénomène de feed-back) en adressant au cerveau des signaux afférents.
La prise de nourriture a également un déterminisme sensoriel : la vision ne semble pas intervenir sur le choix de l'aliment. Le goût a un rôle certain : le chien distingue l'acide, l'amer, le salé et le sucré. L'odorat enfin a un rôle déterminant.
Enfin, des notions psychologiques interviennent: beaucoup de maîtres s'en veulent de ne pas s'occuper assez de leur animal et compensent ce qu'ils croient être un manque affectif en augmentant la ration. Par ailleurs, certaines pathologies comportementales (anxiété de séparation chez des animaux laissés seuls à la maison) favorisent les conduites boulimiques.
Autre facteur favorisant, l'émulation sociale : des chiens en élevage collectif ont tendance à consommer plus que s'ils sont tout seuls. Citons enfin l'obésité... du propriétaire : une enquête britannique montre que 44 % des chiens appartenant à des personnes obèses le sont aussi.

Trouver le bon traitement

Le traitement de l'obésité est avant tout diététique même si des médicaments peuvent se montrer utiles. Nous allons chercher à équilibrer un bilan trop positif en faveur de l'énergie apportée par rapport à l'énergie dépensée. N'entrons pas dans le détail de calculs mathématiques fort complexes. Le vétérinaire évaluera les besoins énergétiques du chien en fonction de son poids idéal. Seul un régime fournissant 60 à 70 % de cette valeur pourra avoir un effet significatif. Les fibres sont intéressantes dans cette indication : elles ont peu de valeur nutritionnelle, mais apportent une sensation de satiété. On pourrait dire que les fibres " diluent " l'énergie de la ration. Elles accélèrent dans une certaine mesure le transit intestinal d'où une diminution de la digestibilité de la matière sèche. Cependant, l'intérêt des fibres est de plus en plus discuté par certains nutritionnistes.
En revanche, tous s'accordent pour conseiller une diminution du taux de matières grasses de l'aliment, moins de 10 % par rapport à la matière sèche. Dans le même temps, le taux de glucides peut être augmenté à plus de 50 %, ces derniers ayant une densité énergétique moitié moindre par rapport aux lipides.
Le taux de protéines doit rester suffisant pour préserver la masse maigre : 22 % environ. De nombreux aliments industriels, la plupart en vente chez les vétérinaires, répondent à ce cahier des charges.
Certains médicaments peuvent-ils aider nos chiens à maigrir? La formule miracle et sans danger n'existe pas pour eux, pas plus que pour l'homme. Ne parlons plus de l'Isoméride-ND et du Pondéral-ND, deux médicaments interdits récemment. Il semblerait en revanche que la fluoxétine (PROZAC-ND) ait une action anti-obésité chez le chien.
Différentes voies de recherche sont actuellement explorées chez l'homme, mais ne nous voilons pas la face : il n'existe pas de médicament contre l'obésité qui soit à la fois efficace et inoffensif.

Etablir un "plan de bataille"

Il faut donc s'armer de courage. Une fois le régime prescrit par le vétérinaire, un peu (beaucoup) d'exercice physique aug-mentera la dépense énergétique. L'exercice doit être modéré au début : ne faîtes pas courir un marathon à un Labrador au look d'hippopotame!
Il faut peser l'animal toutes les semaines et reporter son poids sur une courbe, afin d'approcher petit à petit du poids idéal. L'ensemble de la ration quotidienne doit être scindé en deux ou trois repas. L'animal doit être exclu de la cuisine et de la salle à manger au moment des repas : il évitera ainsi bien des stimuli qui renforceraient son appétit. Il faut supprimer totalement tous les "extras". Si aucune perte de poids n'est observée au bout d'une semaine, il faut réduire encore la ration de 20 %. Une fois le poids idéal atteint, il faudra peser le chien toutes les semaines et s'il reprend du poids, diminuer sa ration de 10 à 20%. C'est en tâtonnant qu'on définira ainsi la prise alimentaire quotidienne idéale. Il existe enfin des méthodes plus drastiques mais souvent mal acceptées par le propriétaire : le chien est hospitalisé et reçoit uniquement de l'eau, des minéaux et vitamines, et des préparations à base de protéines. Un tel régime permet des pertes de poids de 4 % par semaine au lieu de 1à 2 % à la maison.
Quoi qu'il en soit, la bataille n'est jamais gagnée définitivement. L'obésité doit être considérée comme un syndrome chronique et relève donc d'une surveillance de tous les instants. En effet, si l'animal regagne du poids après son régime, cet excès pondéral sera encore plus difficile à faire disparaître.

 

Classification du degré d'obésité

maigreur : Côtes, vertèbres lombaires et os du bassin très visibles. Aucun tissu graisseux palpable. Corps en aspect de sablier très marqué. Abdomen très rentré

poids insuffisant : Côtes facilement palpables avec très peu de graisse. Aspect en forme de sablier marqué. Abdomen rentré.

poids idéal : Côtes palpables sans graisse en excès. Aspect en forme de sablier. Abdomen relevé.

surchage pondérale : Côtes palpables mais avec graisse en excès. L'aspect en forme de sablier a disparu. Abdomen un peu lâche.

obésité : Côtes difficilement palpables sous une épaisse couche de graisse. Dépôts de graisse en région lombaire et à la base de la queue. Corps en "ballon de rugby".Abdomen pendant.

Pourquoi sur consomme-t-il?

Les industriels du pet-food savent bien qu'un des premiers critères de jugement d'un aliment par le consommateur est son appétence. Une grande appétence est de nature à favoriser une surconsommation. Un des meilleurs facteurs d'appétence d'un aliment est son taux de matières grasses. Or, les lipides ont une grande valeur énergétique et se stockent facilement La dépense énergétique nécessaire à leur transformation est beaucoup plus faible que celle réclamée par les protéines. On comprend donc aisément qu'à valeur énergétique égale, celui contenant plus de lipides est de nature à favoriser l'installation de l'obésité.

Le rôle des propriétaires de chiens est aussi important: par des raisonnements anthropomorphiques, ils pensent que le chien est omnivore et qu'il a besoin de variété. Les restes de table finissent dans la gamelle, et le "susucre" devient une habitude. A titre d'exemple, un Teckel de 5 kilos recevant un sucre deux fois par jour va gagner 5 grammes de graisse par jour. Il prendra 500 g de graisse en 100 jours : deux sucres quotidiens peuvent rendre un Teckel obèse en trois mois!

LES RACES A RISQUE

Toutes les races de chien ne sont pas égales vis-à-vis du risque d'obésité. Une étude britannique menée sur 8 268 chiens permet de définir les prédispositions raciales :

Labrador, Colley, Cocker, Teckel, Beagle, Cairn Terrier, West Highland, White Terrier, Scottish Terrier, Basset Hound.

A l'inverse, certaines race sont relativement épargnées :

Greyhound, Whippet, Berger Allemand, Dobermann, Setter, Boxer, Fox Terrier.

FACTEURS FAVORISANTS

La race est un des premiers facteurs favorisants de l'obésité (voir encadré). L'âge est important à considérer : le métabolisme de base diminue d'environ 20%, et des adaptations alimentaires sont parfois nécessaires. Les femelles présentent aussi un plus fort risque (tableau 2)

tableau 2 : Pourcentage de chiens obèses en fonction du sexe et de l'âge (d'après MASON)

âge du chien : 1-4 ans - mâle 12% - femelle 21 %

âge du chien : 5-7 ans - mâle 30 % - femelle 37%

âge du chien : 8-11 ans - mâle34 % - femelle 41%

âge du chien : Plus de 12 ans - mâle 41 % - femelle 40%

Moyenne(%) : - mâle 23 % - femelle 32%

 

LA STERILISATION, MYTHE OU REALITE?

Il est vrai que l'incidence de l'obésité est plus importante chez l'animal castré. Mais elle n'est pas une fatalité : la stérilisation en elle-même ne fait pas grossir, mais elle diminue les besoins énergétiques. Dès lors, une adaptation alimentaire s'impose.

Le Berger Allemand est un "chanceux" : il fait partie des races les moins affectées par l'obésité.

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