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Le pyomètre
survient généralement trois à six semaines après la fin des chaleurs,
au ours d'une période que l'on appelle le métoestrus, et principalement
chez les animaux plutôt âgés. La fréquence maximale d'apparition est enregistrée
entre six et huit ans. Il arrive également que le pyomètre soit
la complication de certains traitements hormonaux telle l'administration
de progestagènes dans un but contraceptif, pour supprimer les chaleurs
ou les retarder, ou d'oestrogènes pour induire l'avortement.
L'animal atteint du pyomètre est abattu et l'appétit est nettement diminué.
La chienne présente le plus souvent un syndrome polyuro-polydipsique,
c'est-à-dire que l'on observe une augmentation de la miction (ou diurèse)
et de la soif. L'abdomen peut être distendu, on parle alors de ventre
de batracien, et l'animal répugne à se déplacer. Des vomissements et de
la diarrhée peuvent également s'observer. En revanche, l'affection s'accompagne
rarement d'hyperthermie.
L 'évolution de la maladie est très variable. Elle peut se faire, dans
certains cas, sous forme aiguë et la mort peut survenir en quelques
jours. Cette forme se rencontre généralement en début de métoestrus, c'est-à-dire
peu de temps après la fin les chaleurs. Mais le plus souvent, ce sont
les formes suraiguës et chroniques qui s'observent. Néanmoins, on
assiste à des complications rénales avec installation d'un état d'insuffisance
rénale. C'est la complication la plus grave à l'origine bien souvent de
la mort de l'animal. Elle est malheureusement fréquente.
DES
FACTEURS HORMONAUX PRÉPONDÉRANTS
L'apparition
du pyomètre de la chienne est associée à plusieurs facteurs.
Les facteurs favorisant le développement du pyomètre
sont essentiellement liés à l'espèce animale concernée, en l'occurrence,
la chienne. Il s'agit principalement de la longueur et de la flexuosité
de l'appareil génital - qui favorisent l'accumulation de liquides et rendent
difficile la vidange du contenu utérin - et des sécrétions glandulaires
qui, quand elles sont importantes lors du métoestrus, créent un milieu
favorable à l'infection.
Les
facteurs déterminants
sont de deux ordres : les agents infectieux et les hormones. En ce qui
concerne les agents infectieux, l'on constate que dans plus de 70 % des
cas, il s'agit d'une entérobactérie, Escherichia coli. De plus, certains
sérotypes sont dominants, ce qui semble indiquer qu'ils possèdent un tropisme
particulier pour l'utérus. Les staphylocoques et streptocoques sont retrouvés
dans moins de 15 % des cas. Mais, pour 10 % des ensemencements, aucun
germe ne peut être mis en évidence. Si l'on ajoute à ceci que la reproduction
expérimentale de l'infection par injection intra-utérine de culture bactérienne
est impossible, on peut penser que le rôle des bactéries n'est que secondaire.
Ce détail est important car il explique en partie la faible efficacité
du traitement médical. Par contre, l'équilibre hormonal joue un rôle déterminant
dans l'apparition du pyomètre.
Les oestrogènes provoquent une hypervascularisation, une croissance de
la muqueuse utérine et un relâchement du col utérin. On constate fréquemment
l'apparition de pyomètre à la suite d'avortement provoqué par l'administration
d'oestrogènes chez une chienne. Différents arguments permettent de penser
que c'est plutôt la progestérone qui conditionne l'évolution de cette
affection :
- le pyomètre apparaît lors du métoestrus lorsque la progestérone est
la plus élevée,
- la progestérone stimule l'activité sécrétoire des glandes de l'endomètre
ainsi que leur prolifération,
- on constate que de nombreux cas de pyomètres sont consécutifs à l'administration
répétée de progestatifs de synthèse, ceci dans le but de différer ou de
supprimer l'oestrus.
En revanche, si l'on peut attribuer les lésions génitales du pyomètre
à l'action de la progestérone, la progestéronomie ne semble pas être modifiée
chez les chiennes atteintes de pyomètre par rapport aux valeurs observées
à la même période du cycle sexuel chez des chiennes normales.
Ainsi, le pyomètre apparaît comme étant une infection utérine survenant
à la suite d'une perturbation de l'équilibre hormonal de l'utérus pendant
le métoestrus, particulièrement chez les chiennes âgées ou ayant subi
des traitements hormonaux.
DES
LÉSIONS IMPORTANTES
La première
conséquence chez la chienne malade est une atteinte génitale qui se traduit
par des lésions utérines. Bien que la progestéronomie ne soit pas plus
élevée que chez les chiennes normales, on peut penser que les lésions
utérines sont tout de même dues à la progestérone : il y aurait une anomalie
dans le métabolisme de cette hormone au niveau de l'organe cible (l'utérus),
ce qui provo-querait une accumulation anormale de l'hormone dans l'utérus,
ayant pour conséquence les lésions constatées. La lésion initiale est
l'hyperplasie glandulokystique. Cette lésion correspond à une augmentation
du nombre de glandes de l'endomètre et de leur activité.
Les oestrogènes seuls n'induisent pas de telles lésions mais l'imprégnation
oestrogénique de l'organisme amplifie les effets de la progestérone. Quant
aux agents infectieux, ils ne font qu'aggraver les symptômes même s'ils
ne sont pas la cause déclenchante.
À ces lésions viennent s'ajouter des atteintes extra-génitales. Il s'agit
essentiellement de l'évolution d'un état d'insuffisance rénale. Les vomissements
et l'état de déshydratation observés lors de l'évolution du pyomètre ne
font qu'aggraver les lésions rénales.
Enfin, parmi les nombreuses lésions associées qui peuvent être observées,
le développement d'une infection de l'ensemble de la cavité abdominale,
appelée péritonite, assombrit rapidement le pronostic.
Pour permettre un diagnostic clinique du pyomètre, le recueil des commémoratifs
est une étape très importante. Cette affection s'observe toujours après
les chaleurs (lors du metoestrus) chez des chiennes âgées (en général
plus de six ans) ayant éventuellement subi certains traitements hormonaux
(pilule ou injections contraceptives, avortement). Les symptômes ne sont
pas toujours présents simultanément. On peut toutefois retenir les points
suivants
- une altération de l'état général,
- un syndrome polyuropolydipsique,
- des écoulements vulvaires,
- une distension abdominale.
La palpation abdominale renseigne souvent sur la taille de l'utérus lorsque
celui-ci est suffisamment dilaté.
DES
EXAMENS COMPLÉMENTAIRES
La confirmation
d'un pyomètre fait appel le plus souvent à l'imagerie médicale. Ceci consiste
en la réalisation de radiographie ou d'échographie.
Radiographie
abdominale : le
cliché de profil permet d'obtenir les renseignements les plus intéressants.
Lors de pyomètre, on peut observer sur la radiographie une masse homogène,
circonvolutionnée, surtout en partie inférieure de l'abdomen, localisée
entre le rectum et la vessie.
Échographie
abdominale :
la palpation abdominale ainsi que la radiographie étaient jusqu'à
ces dernières années les seuls moyens non chirurgicaux d'exploration de
la portion antérieure de l'appareil génital de la chienne. L'échographie
reflétant facilement la présence de liquide a trouvé sa place parmi les
examens complémentaires en gynécologie et obstétrique vétérinaire. L'utérus
est un organe dont la cavité est quasi-virtuelle en l'absence de
gestation. Dans ce cas, il est techniquement impossible dans les conditions
actuelles de le mettre en évidence par un examen échographique. En revanche,
lors d'accumu lation de liquides physiologiques ou pathologiques, l'utérus
sera facilement identifié à l'échographie. En effet, de faibles quantités
de liquide peuvent être échographiquement détectées, alors qu'elles passent
facilement inaperçues à la radiographie. L'utérus pathologique sera caractérisé
par un ensemble de zones noire vaguement circulaires correspondant aux
différentes coupes de l'organe et de son contenu.
Les examens de laboratoire permettent également de confirmer le diagnostic,
mais surtout leur rôle est essentiellement de préciser le pronostic. La
numération et les formules sanguines permettent de confirme l'infection,
en mesurant l'augmentation des globules blancs (ou leucocytes). La biochimie
sanguine perme d'évaluer les lésions rénales. Deux paramètres sont couramment
dosés : la créatinine et l'urée.
L'EFFICACITÉ
DES DIVERS TRAITEMENTS
Toute augmentation
de la soif après les chaleurs ne signifie pas systématiquement pyomètre.
Les symptômes et les examens complémentaires sont essentiels pour déterminer
avec certitude l'existence du pyomètre. Ils doivent permettre d'effectuer
le diagnostic différentiel avec les autres causes d'augmentation de la
soif et de la diurèse (diabète ou anomalie corticosurrénalienne), les
différents cas de distension abdominale (présence de liquide dans l'abdomen,
obésité, rétention urinaire, tumeur abdominale, gestation) et les affections
s'accompagnant d'écoulement de pus à la vulve (affections urinaires, tumeurs
vaginales, vaginite). Le pronostic de cette affection est toujours grave
et ceci d'autant plus qu'il existe une insuffisance rénale associée. C'est
pourquoi il est indispensable de suivre l'évolution de l'urémie et de
la créatinémie avant, pendant et après le traitement.
Actuellement, l'intervention chirurgicale est toujours le traitement de
choix et il s'agit souvent d'une opération d'urgence. Néanmoins, il ne
faut pas oublier qu'il existe diverses complications, rénales en particulier,
qui obligent à effectuer des traitements complémentaires pré, per et postopératoires.
Le traitement chirurgical est effectué chez l'animal dont l'état d'hydratation
et la diurèse sont rétablis et maintenus pendant l'opération. On
doit effectuer une ablation de l'utérus et des ovaires. Une anti-biothérapie
postopératoire sera poursuivie après l'intervention. Si les fonctions
rénales sont altérées, un traitement spécifique est mis en place.
Un traitement médical palliatif à la chirurgie peut dans certains cas
être envisagé. Il consiste en une vidange du contenu utérin. Diverses
substances peuvent être utilisées. Des résultats intéressants sont obtenus
par l'utilisation d'hormone (la prostaglandine F2a), dont l'action sur
les fibres musculaires favorise la vidange de l'utérus, mais qui a également
une action sur la diminution de la synthèse de progestérone (action lutéolytique).
Or nous avons vu précédemment que le taux élevé de progestérone circulante
était un des facteurs essentiels d'apparition du pyomètre.
Par contre, l'injection de prostaglandine chez la chienne a des effets
secondaires non négligeables (nausées, vomissements, diarrhée) dus à l'action
pharmacologique de ces substances sur les fibres musculaires du tube digestif.
Une hospitalisation de jour est donc préférable pendant la durée du traitement.
Dans tous les cas, une antibiothérapie par voie générale sera prescrite.
Afin d'objectiver la réelle efficacité du traitement médical, un suivi
échographique et biochimique sera nécessaire, et l'intervention chirurgicale
sera décidée dès l'apparition du moindre signe d'aggravation. Le pourcentage
de réussite étant relativement bas (20 à 30 %), ce traitement devra être
réservé aux animaux devant assurer une carrière de reproducteurs.
VISER
LA PRÉVENTION
Contrairement
aux idées reçues, l'origine du pyomètre chez la chienne n'est pas infectieuse
mais essentiellement hormonale, ce qui en fait une particularité de cette
espèce. La diversité des manifestations cliniques de cette affection à
point de départ génital nécessite parfois la mise en oeuvre d'examens
complémentaires, tels que la radiographie ou l'échographie, pour confirmer
le diagnostic. De même, la réalisation d'un prélèvement sanguin s' avère
généralement nécessaire pour vérifier l'absence de lésions rénales associées
et préciser le pronostic. La meilleure prévention de l'apparition de cette
affection grave et relativement fréquente chez la chienne est de limiter,
voire proscrire, l'usa-ge des contraceptifs et d'envisager la stérilisation
de la femelle qui n'est plus destinée à la reproduction.
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