Les dermatoses transmissibles

du chien à l'homme

 

L'éleveur de chiens, en contact permanent et rapproché avec ses animaux, peut contracter auprès d'eux des maladies parasitaires. Sachons les reconnaître.

Le chien est le meilleur ami des enfants mais peut parfois leur transmettre quelques maladies cutanées bénignes.

Nous avons vu depuis quelques mois, dans cette rubrique, que le chien pouvait souffrir d'un certain nombre de maladies de peau. Il est important de considérer que quelques unes d'entre elles sont susceptibles d'être contagieuses à l'homme ; on parlera alors de dermatozoonoses. Les principales sont décrites dans cet article.

PUCES

Un grand nombre de chiens vivant en compagnie de l'homme subissent le parasitisme des puces. Nous reviendrons prochainement sur cet insecte et ses particularités, mais rappelons que la principale puce du chien est Ctenocephalides felis, petit insecte aphaniptère (brun), aptère (sans ailes), au corps aplati latérolatéralement. Les puces adultes sont des parasites sédentaires, c'est à dire qu'elles passent une grande partie de leur temps sur le corps de leur hôte.

L'infestation par les puces est normalement inapparente. Les chiens sains subissent en effet une pression parasitaire le plus souvent modérée et la population de puces est limitée par les mordillements, le toilettage, les mouvements de grattage... qui expulsent le parasite du pelage. C'est pourquoi il peut être difficile de mettre en évidence les insectes !

Chez certains chiens, une infestation massive est possible et la surpopulation parasitaire est telle que les puces changent d'hôte pour piquer l'homme (la spécificité d'hôte est faible). En fait, il existe rarement une transmission de la puce par contact direct entre le pelage du chien et l'homme ; il s'agit surtout de jeunes puces adultes fraîchement émergées des pupes (cocons) qui piquent l'homme préférentiellement au niveau des chevilles et de la ceinture.

Chez l'homme, l'éruption est à type de prurigo (petits boutons prurigineux) (photo 1). Le traitement consiste à éliminer les puces du chien et de son environnement en utilisant des insecticides adulticides et des régulateurs de la croissance des insectes.

Photo 1 : Prurigo consécutif à des piqûres de puces sur les jambes d'un propriétaire de chien infesté par des puces.

GALE SARCOPTIQUE

La gale sarcoptique du chien est une dermatose parasitaire relativement fréquente et sous-estimée à la fois des éleveurs et des vétérinaires. Le parasite responsable, Sarcoptes scabiei var. canis) est un acarien psorique, c'est à dire vivant dans la profondeur de l'épiderme. Il creuse des galeries et des cavernes pour y pondre des oeufs, qui se transforment en larves puis en nymphes puis en nouveaux adultes. Ce cycle est extrêmement rapide (quelques jours) et la femelle de sarcopte est très prolifique, provoquant rapidement une pullulation parasitaire et l'extension de l'infection. La contagion est principalement assurée par un contact direct entre un chien parasité et un chien sain, mais les parasites adultes peuvent aussi survivre dans l'environnement quelques jours et y être responsables de contamination. Il arrive qu'au sein d'un effectif un seul chien soit atteint, mais le plus souvent un grand nombre d'animaux présentent des symptômes.

Les signes cliniques sont avant tout des démangeaisons marquées (il existe probablement des réactions d'hypersensibilité) : léchage, mouvements incessants de grattage, mordillements (photo 2). On parle de prurit démentiel. Les lésions consécutives aux traumatismes auto-infligés s'installent rapidement : excoriations, squames, plaies... Parfois, il est possible d'observer des papules croûteuses (" boutons de gale ") qui peuvent évoquer une gale. Les lésions sont surtout ventrales et faciales.

Le diagnostic n'est pas toujours facile. On peut mettre en évidence le parasite par prélèvement cutané (photo 3). Malheureusement, les acariens sont souvent peu nombreux et difficiles à observer (on estime à environ 50 % les chances d'obtenir un sarcopte par raclage).

Le traitement fait appel à des acaricides soit sous forme topique (lotions ou frictions), soit sous forme systémique.

La gale du chien est une parasitose extrêmement contagieuse à l'homme : on estime entre 20 et 40 % les chances qu'un propriétaire de chien galeux soit contaminé. Chez l'homme, le parasite ne survit pas longtemps car il ne se développe pas l'infestation humaine est dite auto-limitée (la gale de l'homme est due à un parasite très proche, Sarcoptes scabiei var. hominis).

Les signes cliniques sont à dominante de prurigo : papules très prurigineuses sur les bras, le tronc, la ceinture abdominale (zones en contact avec le chien parasité).

Le traitement du chien galeux suffit pour faire disparaître les symptômes chez l'homme, puisque le parasite meurt rapidement dans la peau humaine.

 

Photo 2 : La gale sarcoptique est extrémement prurigineuse ; ici, chez un Shar Pei.

 

Photo 3 : Sarcoptes scabiei var. canis, tel qu'il est observé au microscope

TROMBICULOSE

L homme, comme tous les mammifères, est sensible aux larves de Trombicula automnalis, communément appelées aoûtats ou vendangeurs. Chez le chien, ces parasites orangés se localisent entre les doigts, au niveau des ars, des lèvres ou des oreillons, provoquant l'ap-parition d'un prurit marqué.

Le diagnostic est aisé, par visualisation des larves, à l'oeil nu ou à l'aide d'une loupe, et identification au microscope. De nombreux insecticides sont efficaces.

CHEYLETIELLOSE

La cheyletiellose est une ectoparasitose relativement fréquente chez le chat, plus rare chez le chien. Elle est cependant encore couramment rencontrée dans les collectivités, car il s'agit d'une dermatose très contagieuse (élevages, chenils, magasins). On l'observe notamment dans les races à poil long.

Le parasite, Cheyletiella yasguri, est un acarien de grande taille qui vit en surface de la peau. Il se localise préférentiellement au niveau de la zone dorsale du thorax et du dos. Il se nourrit de squames et de débris épidermiques. On peut le voir bouger sur le tégument, sous l'aspect d'une petite pellicule blanchâtre (" walking dandruff " des anglosaxons, c'est à dire littéralement " pellicule qui marche ").

Les parasites peuvent être à l'origine de prurit, de squamosis "pelliculs", d'alopécie, mais il existe aussi des animaux qui hébergent des cheyletielles sans en souffrir.

Le diagnostic repose sur l'isolement du parasite et/ou de ses oeufs, ce qui est parfois difficile, et sur leur examen microscopique.

Le traitement est simple car les cheyletielles sont très sensibles aux insecticides couramment utilisés pour la lutte contre les puces. Il doit être assez long ; huit semaines sont souvent nécessaires car les oeufs sont insensibles aux acaricides.

La contagion à l'homme est fréquente. La localisation du prurigo dépend, comme pour la gale, des parties du corps en contact étroit avec l'animal, directement ou indirectement. En règle générale, les lésions se situent au niveau de la poitrine, des bras, de la taille ou des cuisses.

L'acarien ne se reproduit pas chez l'homme ; le simple traitement des animaux suffit à faire disparaître l'infestation humaine en quelques jours.

 

Photo 4 : Lésion typique de teigne chez un jeune Yorkshire Terrier.

DERMATOPHYTOSES

Les dermatophytoses sont des infestations par des champignons dermatophytes, qui envahissent toutes les structures kératinisées, en pratique les poils, la couche superficielle de la peau et les griffes. On parle de teigne lorsqu'il y a envahissement pilaire (du poil). De nombreux dermatophytes peuvent être rencontrés chez le chien. Citons, par ordre décroissant de fréquence, Microsporum canis, Microsporum gypseum, Microsporum persicolor et Trichophyton mentagrophytes. Certains champignons sont zoophiles, c'est à dire relativement spécifiques des animaux (Microsporum canis et Trichophyton mentagrophytes; Microsporum persicolor parasite les petits rongeurs sauvages), d'autres sont telluriques, c'est à dire qu'on les rencontre dans l'environnement (Microsporum gypseum et Trichophyton mentagrophytes).

Les dermatophytoses sont surtout rencontrées chez les animaux jeunes ou vivant en communauté (chenils, élevage). Les lésions sont généralement des alopécies (perte du poil) d'évolution centrifuge siégeant sur la face ou les membres (photo 4). On observe parfois des squames ou des croûtes.

En général, les dermatophytoses ne sont pas prurigineuses.

A côté de ces lésions " typiques "de teigne, existent de nombreuses autres présentations cliniques " lorsque cela ressemble à de la teigne, ce n'en est probablement pas et lorsque cela n'y ressemble pas, cela pourrait en être " (SCOTT et CARLOTTI) (photo 5).

Le diagnostic se fait par mise en culture des poils et identification du champignon.

Le traitement fait appel aux antifongiques par voie systémique (orale) et par voie locale (lotions). Il doit être long, au moins plusieurs semaines... Idéalement, il devrait être poursuivi jusqu'à l'obtention de cultures fongiques négatives, c'est àdire, dans tous les cas, bien après la disparition des lésions.

Les contaminations humaines se font généralement par contact direct avec l'animal. Elles sont donc plus fréquentes avec les chiots, parce qu'ils sont plus souvent manipulés.

Les lésions humaines typiques sont des plaques rouges, d'évolution centrifuge, sur les bras et le tronc. On parle d'herpès circiné (photo 6). Microsporum canis est un des agents les plus fréquents de mycose chez l'homme. Le traitement de l'homme est nécessaire car, contrairement aux gales et aux pseudogales, la dermatose ne guérit pas spontanément.

En conclusion, un certain nombre de parasites sont transmissibles du chien à l'homme. Il faudra donc être attentif au développement de lésions humaines, qui peuvent être révélatrices d'une infestation animale et, à l'inverse, le diagnostic de certaines dermatoses contagieuses chez le chien devra provoquer des réflexes d'hygiène et de bon sens pour éviter au mieux la possible contagion. Enfin, consulter un médecin est évidemment nécessaire en cas d'apparition de lésions.

 

Photo 5 : Dermatophytose extensive chez un Jack Russel Terrier.

Photo 6 : Lésions d'herpès circiné sur le bras du propriétaire d'un chien teigneux.

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